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Communiqué de presse suite à la mobilisation internationale pour la défense de l’eau

“Médic”, “médic”, “médic”. Quelques minutes passaient et le même appel à l’aide se répétait. Samedi après-midi, un corps inconscient tombait après l’autre, des civières de fortune récupéraient des personnes mutilées, les explosions quasi-continues annonçaient d’autres drames. Des blessés qui mettront des heures à être évacués, empêchés par les gendarmes mobiles d’être emmenés à l’hôpital.

Ce qu’on aurait pu retenir de Melle et Sainte-Soline 

Il y a eu ce week-end la plus grosse mobilisation en France sur la question de l’eau, avec plus de 30 000 personnes sur la manifestation de samedi. Une mobilisation internationale, puissante, soutenue par la Confédération paysanne, de nombreux collectifs écologistes locaux, comme Bassines non merci, de larges coalitions comme les Soulèvements de la terre, le mouvement climat, des mouvements municipalistes, antifascistes, des partis politiques, des syndicats.

Sur un sujet technique présenté comme une mesure de “bon sens”, des dizaines de milliers de personnes se sont déplacées dans une zone peu accessible, malgré des centaines de barrages policiers (jusqu’aux entrées de Nantes).

Ce(ux) qu’on ne pourra pas oublier de Sainte-Soline 

Pour défendre un trou de terre entouré de barbelés et de talus, symbole de l’accaparement de l’eau par l’agro-business, le gouvernement est prêt à tuer. Il l’a fait en 2014 à Sivens, il a choisi une nouvelle fois le déferlement de violence.

Pendant deux heures, d’après les chiffres de la gendarmerie, c’est une grenade toutes les deux secondes qui a été envoyée dans la foule, dont des armes de guerre, des grenades explosives potentiellement létales, envoyées au mépris de leur propre doctrine de “maintien de l’ordre” qui restreint leur utilisation.

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Deux personnes sont encore entre la vie et la mort, atteintes à la tête par ce type d’arme ; d’autres éborgnées, mutilées.

Les personnes présentes sont traumatisées : nous avons assisté à des scènes de guerre. 

La mise en scène par l’Etat d’une bataille perdue d’avance, une manifestation qui ne pouvait qu’être durement réprimée. D’un côté, la tentative dérisoire de manifestants d’entrer dans une imprenable citadelle de terre. De l’autre, la répression a atteint le même niveau de brutalité dans les actes que celui des mots du ministre de l’intérieur. Des terroristes. Les militants contre les bassines seraient des terroristes. Une muraille de camions pour protéger un talus de terre. Des quads qui sont venus charger les manifestants dès l’entrée du champ. Des gaz et des grenades pour éloigner une foule qui n’avait aucune chance d’entrer dans la méga-bassine vu les moyens déployés.

Pourquoi utiliser des armes de guerre contre une foule qui voulait symboliquement pénétrer dans un chantier qui n’est pour l’instant qu’un grand trou de terre ?

Alors que nombre de bassines sont illégales, et que l’Etat ne se donne même pas la peine de leur faire payer une amende, le gouvernement est prêt à tuer pour que l’eau soit privatisée. 

Ils pensent sans doute qu’étouffer la lutte et terroriser les militant·es est leur seule chance.

Leur objectif du moment, c’est tuer la dynamique écologiste et le mouvement social des retraites, qui avaient convergé à Melle et Sainte-Soline.

Terroriser les opposants politiques, foncer en quad sur les parlementaires venues protéger les blessés, tout pour défendre une pseudo-adaptation au dérèglement climatique qui consiste à priver d’eau ceux qui n’ont pas les moyens de l’agro-industrie. 

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Ce qu’on fera après Sainte-Soline

Comme nous l’a rappelé le représentant Yupka, Juan Pablo Gutierrez, les peuples autochtones se battent depuis des siècles contre la colonisation du capitalisme. 

Ils ne représentent plus que 4 % de la population mondiale mais les territoires où ils vivent et dont ils prennent soin accueillent 80 % de la biodiversité mondiale. Ils ont été réprimés, harcelés, tués pendant tout ce temps alors que leur mode de vie et leur vision du monde peuvent nous inspirer pour sortir de la catastrophe écologique et sociale que nous vivons.

Sur tous les continents, des militants écologistes souvent issus de ces peuples se battent contre l’accaparement de l’eau par des multinationales appuyées par le gouvernement.

Des représentant•es des peuples colonisés des suds étaient présent•es à Sainte-Soline pour s’allier aux colonisés du nord. C’est-à-dire nous. Nous qui refusons de voir ce monde mourir pour satisfaire quelques uns. Nous qui refusons de nous faire gouverner par ce système mortifère. Nous qui refusons que la réponse à la sécheresse soit de réserver l’eau au business le plus rentable.

Le mouvement social contre la privatisation de l’eau, contre l’artificialisation des sols, contre la destruction de notre système de retraite est une évidence si l’on souhaite préserver la vie du plus grand nombre à l’heure du dérèglement climatique. Les élites capitalistes n’en ont que faire. Ils utilisent les moyens de la république dont ils convoquent le nom à tout bout de champ tout en bafouant ses principes. Contre nos droits, contre nos libertés, contre l’égalité d’accès à l’eau, à la terre, à ce qui nous permet de vivre toutes et tous. Contre l’esprit de la constitution, pourtant déjà peu démocratique, ils imposent des lois par la force, contre la volonté générale et contre l’intérêt général, à l’image de la réforme des retraites. Pour défendre les délinquants qui pillent et polluent nos rivières, ils déploient des blindés.

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Vu de Sainte-Soline, il n’y a plus que la force absurde d’une caste prête à tuer pour préserver ses intérêts. Ils ne croient même plus dans les symboles qu’ils brandissent pour justifier la violence policière sans limite.

Sans sursaut politique, qui ne peut venir que de nous-mêmes, la bataille de l’eau et du vivant sera sanglante. 
C’est toute une génération qui n’oubliera pas Sainte-Soline, ni celles et ceux qui y ont laissé beaucoup, ni la puissance de ce mouvement qui grandit pour défendre le droit à l’eau et à la vie. Nous n’oublierons pas, nous en retiendrons les leçons et nous reviendrons.