Les blogs de Nantes en commun·e·s https://blogs.nantesencommun.org Espace de débats et d'exploration de Nantes en commun·e·s Fri, 09 Oct 2020 16:49:39 +0000 fr-FR hourly 1 https://blogs.nantesencommun.org/wp-content/uploads/sites/2/2019/09/g821-150x150.png Les blogs de Nantes en commun·e·s https://blogs.nantesencommun.org 32 32 Conseil municipal du 9 octobre – Nos réactions https://blogs.nantesencommun.org/2020/10/08/conseil-municipal-du-9-octobre-nos-reactions/ https://blogs.nantesencommun.org/2020/10/08/conseil-municipal-du-9-octobre-nos-reactions/#respond Thu, 08 Oct 2020 17:56:59 +0000 https://blogs.nantesencommun.org/?p=3030 Les 100 premiers jours de la majorité

Après ces 100 premiers jours d’exercice du pouvoir conjoint, qu’en est-il du “vrai cap commun, avec un cap clair” énoncé par Julie Laernoes et qui allait “au-delà de [ses] espérances” ? La semaine dernière, l’ancienne tête-de-liste EELV se plaignait ainsi de l’accélération du projet du transfert de CHU et d’apprendre dans la presse le début des travaux en octobre. Deux semaines auparavant, son groupe n’avait que peu goûté  l’interview de Pascal Bolo, le nouveau monsieur sécurité de la mairie, qui assimilait délinquance et migrants. Avec le son et l’image, cela donnait ces derniers jours la diffusion sur les réseaux sociaux de vidéos montrant la police municipale déloger des migrants et leur confisquer leurs biens, les abandonnant ainsi à eux-mêmes et à la rue. 

La mission de la police municipale n’est pas de déloger des sans-abris et de leur confisquer leur matelas. N’a-t-elle pas matière à travailler avec l’insécurité croissante dans la ville ? Cette majorité municipale utilise comme caution des élus comme Christophe Jouin pour se donner une image humaniste : peut-on y croire encore ?

La nature n’est pas en reste. Après une respiration due au confinement et au début de mandat, tous les projets de bétonisation et d’artificialisation des sols ont repris de plus belle. Et c’est la métropole qui en est un commanditaire plus ou moins direct : les travaux pour le CHU sur l’île, la ZAC Doulon-Gohards où malgré la publicité autour de l’installation de fermes urbaines, on ne saurait oublier les hectares de terres maraîchères sur le point d’être artificialisées ; la ZAC du Bas-Chantenay et le virage touristique de ce quartier historiquement ouvrier. Plus loin, le projet du port autonome de Nantes-Saint-Nazaire au Carnet où 110 ha dont 51 ha de zones humides vont être bétonnées, et l’installation d’une unité d’exploitation de l’usine polluante Carboloire sur 58 ha de terres arables, autorisée par la CARENE à Donges. Construisons d’abord, réfléchissons ensuite.

L’impératif est aussi social et si nous saluons les mesures d’urgences sociales qui ont été mises en place au moment du déconfinement, les mesures de long terme pour lutter contre la paupérisation d’une partie de la population nantaise, elles, ne sont pas au programme des prochains mois. Les prix des loyers ne cessent d’augmenter et la majorité refuse tout encadrement des loyers, en plaidant que ce ne serait pas adapté à Nantes — les élus de la majorité semblent tellement déconnectés de la réalité des Nantais·es. 

Mais que peut donc bien vouloir dire “social-écologie” dans la bouche de Johanna Rolland ? Si des mesures d’urgence vont dans le bon sens, forcées par le contexte de crise, on est bien loin d’un changement de modèle et d’un tournant écologiste à Nantes ! 

Sur la 5G et la promesse de campagne autour du moratoire issue de la fusion avec EELV, la position de la mairie n’est que trop floue. Comment la maire de Nantes souhaite mettre la pression sur l’Etat ? Le souhaite-t-elle vraiment ? S’agira-t-il de gagner du temps avec des conventions citoyennes et d’éteindre temporairement toutes oppositions ? Nous y serons vigilants car entre les discours et les actes de Johanna Rolland et Julie Laernoes, le fossé est toujours plus grand, jusqu’à se décrédibiliser et décrédibiliser la parole politique.  

Ce qui a retenu notre attention — Nos réactions 

1/ Sécurité 

Nantes en commun s’oppose à la décision d’armement des policiers municipaux de pistolets à impulsion électrique, d’autant que ce choix n’est pas adapté à la situation actuelle. Comme l’indique l’article du Point paru le 8 octobre, alors même qu’on augmente la capacité répressive des forces de l’ordre en centre-ville et qu’on installe toujours plus de caméras, l’insécurité a augmenté. Il n’y a pas nécessairement de lien de causalité entre l’une et l’autre, néanmoins, on peut en déduire l’inefficacité du “tout répressif”. Le principal problème pointé par les Nantais·es est bien l’insécurité la nuit, particulièrement en centre-ville. Or, les mesures de répression n’empêchent pas les agressions. Nous n’avons pas besoin de plus d’armes, ni de répression, mais de prévention. Et d’ailleurs, c’est censé être précisément la mission de M. Talledec, chargé de la “Prévention de la délinquance”. Une présence rassurante, non nécessairement policière d’ailleurs, permettrait d’éviter les agressions en centre-ville, notamment à Commerce, Bouffay et Foch. Pourquoi ne pas expérimenter le projet de Maison de la nuit que nous portions lors des municipales ? Ou une présence de personnes médiatrices la nuit, accessibles et rassurantes ? 

2/ Extension de l’école Ange Guépin

Nous sommes sceptiques à l’égard du projet de restructuration et d’extension de l’école Freinet Ange Guépin. Installée dans le quartier de Malakoff, cette école ne compte plus que 25% d’élèves du quartier parmi ses effectifs, mais attire des familles d’autres quartiers nantais. Il s’agit d’un équipement situé dans un quartier populaire, avec une pédagogie alternative non élitiste, qui ne profite pas prioritairement aux habitants du quartier comme il le devrait. Pire, le projet d’extension implique l’artificialisation d’une partie du parc de la Roche. On va donc priver les habitants d’une partie de la nature, dans un quartier qui subit déjà les pollutions de la chaufferie bois et de la route pour pouvoir accueillir davantage d’enfants, mais d’où ? 

Cherchons des alternatives à l’artificialisation et des moyens de garantir que l’école Ange Guépin s’adresse principalement aux enfants du quartier. Plus globalement, pourquoi ne pas faciliter la création d’écoles Freinet à Nantes et dans la métropole ? C’est bien parce qu’il n’y a qu’une seule école de ce type, qu’il y a une telle concurrence pour y entrer — concurrence qui exclut les habitants de Malakoff. 

3/ La fermeture de l’Auberge de jeunesse de la Manufacture  

L’unique auberge de jeunesse de Nantes, située à la Manu, est définitivement fermée. Or, le Centre international de séjours nantais qui remplacera cette auberge n’ouvrira pas avant 2023. L’auberge de la Manu répondait à plusieurs besoins : c’était un recours pour les étudiants arrivant à Nantes et peinant à trouver un logement (ce qui est de plus en plus le cas), mais aussi pour les personnes à la rue. Ce lieu accueillait également les associations en leur proposant des salles pour se réunir. Cette fermeture abrupte et sans autre solution derrière se fait au mépris des usages existants et des liens sociaux qui s’étaient tissés autour de ce lieu. Pourquoi ne pas le maintenir ouvert en attendant ? Quels sont les projets autour de ce lieu ? Nous encourageons la majorité actuelle à utiliser cet espace pour accueillir des personnes à la rue, étant donné le fait qu’il est parfaitement adapté pour cela. 

Concernant le futur projet de Centre International de Séjours Nantais. Nous le saluons. Néanmoins nous posons la question de la pertinence de cette tendance à vouloir créer des structures de grande ampleur qui centralisent un même type d’activité en un seul lieu (Europa Nantes, le projet des 5 ponts,…). On construit de grands pôles qui, avec un budget conséquent et un unique gestionnaire, tendent à se bureaucratiser. Au contraire, on pourrait penser des établissements de taille moyenne, répartis sur tout le territoire, cultivant chacun leur spécificité et une proximité avec les habitants. 

Ces projets sont pensés, une fois de plus, comme des vitrines pour Nantes, dans la logique d’attractivité qui guide le pouvoir municipal et métropolitain.  

2/ Libre Usine 

Si la création d’une nouvelle scène nationale à Malakoff est une bonne nouvelle, nous resterons très attentifs à sa mise en œuvre. Les équipements publics au sein de zones résidentielles doivent réserver une place pour les habitants du quartier, en particulier dans les quartiers populaires où la culture ne doit pas être utilisée comme un moyen de gentrification. Comment ? En faisant de la médiation sociale, en permettant aux habitants de définir une partie de la programmation,en faisant de ces lieux des lieux de vie de proximité, en accueillant des activités qui font que les habitants, en particulier les jeunes, osent pousser les portes du lieu. Un élu communiste à la culture devrait avoir à cœur de faire des lieux culturels des communs ! 

Ce qui n’était pas à l’ordre du jour 

1/ Expulsions 

Personne à la rue, voilà une belle promesse de campagne (n°201) : “Cet engagement fort de la ville de Nantes doit s’inscrire dans une mobilisation générale de tous les pouvoirs publics afin que personne ne reste à la rue dans la 6e ville de France.”.

A l’approche de la trêve hivernale, la police et les propriétaires redoublent d’efforts (parfois en recourant à la violence !) pour expulser les squatteurs ou des locataires désargentés, sans aucune proposition de relogement. On assiste à des scènes terribles de dévitalisation des logements (bris des murs, des toits et des équipements de première nécessité) alors que ces logements auraient encore pu être occupés pendant l’hiver. On semble aujourd’hui davantage préoccupé par le fait de maintenir la hausse du prix du mètre carré que de répondre à l’urgence sociale des personnes à la rue. L’engagement de campagne en faveur du logement est le grand absent de ce conseil municipal. Il est urgent que la mairie se saisisse du sujet. D’autant que la loi anti-squat va empirer la situation actuelle. Recensons tous les logements inoccupés, incitons les propriétaires à concéder des baux temporaires, mettons fin aux expulsions et condamnons fermement la violence exercée contre les occupants. 

 2/ L’encadrement des loyers

À quand la mise en place de l’engagement n°197 sur l’encadrement des loyers ? A l’approche du deuxième conseil municipal, aucune mesure n’a été envisagée pour mettre en œuvre cette politique. Si la mairie n’a pas repéré les “situations de tension” justifiant un encadrement des loyers, nous, si. Cette mesure est une mesure d’urgence pour les Nantaises et Nantais qui voient les loyers augmenter et dont certains peinent à changer de logement parce qu’ils ne trouvent plus d’appartements compatibles avec leurs revenus. La crise sanitaire et économique ne font qu’accentuer le problème, il est urgent d’agir. D’autres maires amis de la majorité nantaise ont déjà mis en place ce dispositif de la loi Elan : à Montpellier, Michaël Delafosse l’a fait voter le 15 septembre dernier pour sa ville. Pourquoi tant de réticences à Nantes ? 

3/ Une relance du débat sur le CHU 

Johanna Rolland veut lancer une convention nantaise sur le monde de demain pour tirer les leçons de la crise sanitaire. Pourquoi ne pas commencer par ouvrir un débat sur l’hôpital et le projet sanitaire nantais ? Le personnel soignant jusqu’ici peu au courant du projet de regroupement et transfert du CHU, est de plus en plus inquiet et sceptique. Un grand nombre de syndicats et forces politiques locales tirent la sonnette d’alarme depuis des mois et, malgré la crise sanitaire qui a montré la non viabilité du projet, la maire et présidente du conseil de surveillance du CHU accélère le processus. Pourtant Olivier Véran avait lui-même évoqué la nécessité de réévaluer les projets hospitaliers en cours, à l’aune de la crise sanitaire qui vient renouveler la pensée hospitalière. Ce projet est trop sérieux pour que l’on fasse fi d’un débat posé. 

Alors appuyons sur pause, rassemblons les acteurs concernés et les habitants autour de la table pour repenser le projet de santé, garantir la conservation du nombre de lits et de postes, réfléchir aux moyens d’améliorer les conditions de travail du personnel soignant, avant de débattre des locaux et de la localisation.   

4/ Un vrai moratoire avec des garanties sur la 5G ? 

Si la mairie veut, elle peut ! Alors que le déploiement de cette technologie soulève de légitimes et vives interrogations chez les citoyens, la maire de Nantes tarde à clarifier sa position. Le moratoire, engagement de campagne issu de l’accord au second tour avec EELV, n’en est pour l’instant qu’au stade de promesse et les associations s’en inquiètent alors que les attributions de fréquences viennent d’avoir lieu et que les opérateurs ont désormais le champ libre. 

Mais dans la 3e ville de France en termes d’emplois numériques, souhaite-t-on vraiment se passer de cette technologie ? C’est toute la question… Le moratoire et le rapport de force sont l’unique porte de sortie de ce passage en force anti-démocratique.   

5/ Le protoxyde d’azote  

On observe une recrudescence de l’usage détourné du protoxyde d’azote, chez des collégiens, lycéens et étudiants avec des consommations répétées, au long cours et en grandes quantités, contribue à expliquer la gravité des dommages signalés récemment. Il ne s’agit ni de dramatiser ni de banaliser cet usage. Nous encourageons le travail de formation des partenaires éducatifs et sociaux, l’information des familles et la sensibilisation des commerçants. Le sujet peut être abordé dans le cadre du Contrat local de sécurité et de prévention de la délinquance par exemple.

Plusieurs municipalités, dont Nîmes, Aulnay-sous-Bois et Valenciennes, ont pris un décret visant à interdire la vente des capsules de protoxyde d’azote aux mineurs, sur le modèle de la loi votée au Sénat en 2019, sans attendre l’étude du texte à l’Assemblée. Pourquoi Nantes ne les emboîterait-elle pas le pas ? 

Pour rappel, le programme électoral de la majorité en place indiquait dans la mesure 139 la création d’un “plan de prévention des addictions aux stupéfiants avec la création d’un appel à projet annuel finançant des actions de prévention proposées par les acteurs.” L’opportunité de cette proposition n’est pas à démontrer.

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Hommage à Aboubakar Fofana et les autres https://blogs.nantesencommun.org/2020/07/03/hommage-a-aboubakar-fofana-et-les-autres/ https://blogs.nantesencommun.org/2020/07/03/hommage-a-aboubakar-fofana-et-les-autres/#respond Fri, 03 Jul 2020 12:43:25 +0000 https://blogs.nantesencommun.org/?p=3021 Le 3 juillet 2018, Aboubakar Fofana est tué d’une balle dans la carotide par un CRS. Malgré la réaction immédiate de la préfecture qui a tenté de criminaliser le jeune homme comme pour justifier l’acte, la mort d’Aboubakar Fofana est une énième violence qui vient s’ajouter à la longue liste des violences policières envers des personnes noires ou racisées. 

Le meurtre de Georges Floyd le 25 mai dernier à Minneapolis, de l’autre côté de l’Atlantique, a fait l’effet d’un miroir tendu à la France et nous a remémoré nos morts. Adama Traoré le 19 juillet 2016, Lamine Dieng le 17 juin 2007, Zyed Benna et Bounna Traoré en 2005, mais déjà  le 17 octobre 1961, le massacre de dizaines d’Algériens noyés dans la Seine, etc.

On ne saurait résumer ces événements à la question de savoir s’il y a de bons ou de mauvais policiers, ni même à la seule question de la police. Les violences policières ciblant les personnes racisées doivent nous pousser à affronter les problèmes structurels qu’elles révèlent, non pas seulement par rapport à la police, mais aussi au racisme. Aujourd’hui en France, lorsque l’on est noir ou racisé, il est plus difficile de trouver un travail que pour une personne blanche, en particulier certains travails. Les emplois les plus précaires et les plus dénigrés sont principalement occupés par des personnes issues de l’immigration. Les explications des chiffres choquants du taux de mortalité du covid-19 en Seine-Saint-Denis ont d’ailleurs rappelé cette dure réalité. Aujourd’hui en France, lorsque l’on est noir ou racisé, l’accès au logement peut être un combat, que ce soit un logement social ou pas, pour être locataire ou pour devenir propriétaire. A l’école, au travail, dans l’accès aux droits, à la santé… la réalité vécue au quotidien par les personnes racisées détonne de l’idéal républicain d’égalité et de fraternité

Les problèmes sont donc structurels, systémiques et doivent être traités à plusieurs niveaux, y compris au niveau mémoriel. La première étape est certainement d’assumer les violences policières et les autres problèmes structurels comme manifestations de notre héritage collectif, celui de la colonisation et de l’esclavage. Cet héritage, il nous faut l’assumer collectivement en tant qu’habitantes et habitants de ce pays pour réparer les blessures du passé et envisager l’avenir plus sereinement dans la paix et la justice.

A celles et ceux qui prétendent qu’on ne peut pas faire de parallèle entre le meurtre de Georges Floyd aux Etats-Unis et les violences policières françaises, rappelons-leur que si la France n’a pas été un pays constitutionnellement ségrégationniste, elle a bien été à la tête d’un empire colonial planétaire et qu’elle a pris part dans le commerce triangulaire et donc la traite de noirs. Comme le dit une des membres du collectif Black Lives Matter Nantes : “nous vivons à Nantes, qui fut le premier port négrier français et qui a vu partir des centaines de navires transportant des personnes réduites en esclavages d’Afrique jusqu’aux Etats-Unis”. En effet, on pourrait poser la question de façon un peu provocante : qui nous dit que Georges Floyd n’est pas un descendant d’un esclave transporté par un navire nantais ? 

Suite à la mort de Georges Floyd et les mouvements Black Lives Matter qui ont émergé partout dans le monde, les débats autour de la mémoire ont ressurgi. Néanmoins, à Nantes, malgré la relance de la campagne municipale, malgré le statut particulier de la ville dans l’histoire de l’esclavage, malgré l’intervention de l’ancien maire de Nantes et premier ministre français, Jean-Marc Ayrault sur le sujet et malgré le positionnement de Nantes en commun lors de la campagne du premier tour (ici et ), le débat sur les politiques mémorielles a été inexistant. C’est une occasion manquée. Espérons qu’elle n’augure pas l’inaction de la nouvelle majorité les six prochaines années. 

Car si Nantes a fait un gros travail de mémoire, on ne peut pas se contenter de dire qu’il n’y a plus rien à faire. Nous devons saluer la salle consacrée à cette phase de l’histoire dans le musée de la ville de Nantes et l’organisation de l’exposition des Anneaux de la mémoire entre 1992 et 1994. Et il faut rappeler que le mémorial de l’abolition de l’esclavage créé par la ville de Nantes est inédit. Néanmoins, le mémorial rien que par son nom occulte un fait majeur : il n’y pas eu une, mais bien deux abolitions de l’esclavage en France – la première datant du 29 août 1793. De la même façon, si on a donné le nom de Victor Schoelcher à la passerelle qui relie le mémorial au palais de justice, Toussaint Louverture, qui a joué un rôle majeur dans la révolution haïtienne et l’abolition de l’esclavage, n’a eu le droit qu’à un petit square caché sous le pont de Cheviré. 

Quelle place accorde-t-on aux personnes résistantes contre l’esclavage ou la colonisation dans notre ville ? Si les noms de rue des armateurs nantais ou des militaires ayant participé à la colonisation sont nombreux à Nantes, peut-on en dire autant des modèles de résistance qui pourtant feraient la fierté de celles et ceux qui ont l’impression que l’histoire de leurs parents n’est que subie ? Pour être fier.e.s de nous-mêmes, nous devons être fier.e.s de notre histoire collective, celle de nos pères et de nos mères. 

Alors comment faire pour que la politique mémorielle ne soit pas une violence symbolique de plus, mais au contraire, faire en sorte que les habitantes et habitants de cette ville puissent s’approprier leur histoire, la comprendre et comprendre les manifestations actuelles de cet héritage afin de les réparer ? 

D’abord, faisons en sorte que la politique mémorielle soit faite par et pour les habitants de cette ville, et pas seulement pour eux – car ce qui se faire pour nous, mais sans nous, se fait aussi contre nous. 

Une politique mémorielle faite par les habitantes et habitants qui se sentent concernés est également un pas vers une réappropriation de la ville par celles et ceux qui y vivent. Parce que derrière cette question gît un autre enjeu : faire en sorte que tous les habitants et habitantes de cette ville se sentent légitimes à habiter leur ville, à prendre leur place, à occuper l’espace public, en centre-ville comme ailleurs. 

Parce que le monde d’après ne peut être qu’antiraciste et la ville d’après, inclusive, à l’image de ses habitantes et habitants. Aujourd’hui, nous rendons hommage à Aboubakar Fofana et toutes les personnes racisées victimes de violence. 

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2nd tour : Le monde d’après se construira bien en dehors de la mairie https://blogs.nantesencommun.org/2020/06/01/2nd-tour-nantes-ensemble-eelv-sallie-avec-johanna-rolland/ https://blogs.nantesencommun.org/2020/06/01/2nd-tour-nantes-ensemble-eelv-sallie-avec-johanna-rolland/#respond Mon, 01 Jun 2020 18:57:48 +0000 https://blogs.nantesencommun.org/?p=3014 Dimanche soir, la liste Nantes ensemble a annoncé son ralliement à la liste menée par Johanna Rolland. Nous prenons acte de cette décision. C’est le choix du reniement. 

Nantes en commun avait pourtant offert une alternative crédible à Nantes ensemble pour tenter d’emporter la ville et impulser un tournant écologiste historique à Nantes. En effet, les scores cumulés de nos deux listes s’approchant du résultat obtenu par Johanna Rolland au premier tour, une campagne de trois semaines aurait pu nous placer en tête du scrutin. Par ailleurs, Laurence Garnier et Valérie Oppelt ont choisi de ne pas faire alliance, écartant le risque de “faire gagner la droite”. Les jeux étaient ouverts.

Nantes ensemble avait donc un choix clair : essayer de gagner pour mettre en place un projet ambitieux et profondément écologiste pour Nantes ou celui d’être sûrs de se renier en reconduisant la majorité sortante. Alors qu’ils crient à l’urgence climatique, ils ont fait le choix des petits pas en matière écologique. Ils aideront le PS à repeindre en vert une politique néfaste qui, en misant sur la croissance et la métropolisation, ne fait qu’aggraver la crise écologique et les inégalités sociales. Nouveau CHU, arbre aux hérons, extension de la cité des congrès, CAP44, ZAC Doulon-Gohards… : Les élus verts voteront les budgets pour tous les projets qu’ils ont critiqués pendant la campagne et auront beau jeu de proclamer qu’ils influent “de l’intérieur”. 

Alors que tout le monde appelle au monde d’après et même à la “Nantes d’après”, la mairie sera dirigée par la même majorité dans les six années à venir que les six années précédentes. Pouvons-nous vraiment attendre de cette majorité reconduite un changement et une politique à la hauteur des enjeux ? Comment ne pas se décourager ? Le manque de cohérence politique sur le fond ajoute un peu plus de méfiance envers le jeu politique. 

Plus que jamais, nous réaffirmons que l’essentiel de l’indispensable transformation sociale et écologique est à faire par les habitantes et habitants. Nous continuerons les mobilisations habitantes pour lutter contre les politiques anti-écologiques et anti-sociales, nous réapproprier notre ville et construire des communs qui feront de Nantes l’avant-garde d’une autre société, au-delà du capitalisme. 

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Deuxième tour des municipales : l’occasion d’un tournant vers l’écologie populaire à Nantes https://blogs.nantesencommun.org/2020/05/26/2e-tour-des-municipales-loccasion-dun-tournant-vers-lecologie-populaire-a-nantes/ https://blogs.nantesencommun.org/2020/05/26/2e-tour-des-municipales-loccasion-dun-tournant-vers-lecologie-populaire-a-nantes/#respond Tue, 26 May 2020 11:44:49 +0000 https://blogs.nantesencommun.org/?p=3001 Ces dernières semaines d’épreuve ont montré les limites de notre système et la démocratie en ressort un peu plus affaiblie. Nous subissons aujourd’hui les conséquences des politiques néolibérales européennes, nationales et locales. Plus que jamais, il est temps d’y mettre un terme partout où cela est possible, en commençant par Nantes. Plus que jamais, il devient nécessaire et urgent de construire un autre modèle de société qui tourne le dos au capitalisme dévorant et mondialisé. Nos communes sont l’échelle de la vie concrète, les lieux où la réappropriation habitante est possible. C’est pour cela qu’il nous faut agir et nous saisir de l’opportunité qui s’offre à nous aujourd’hui : mettre fin aux politiques de métropolisation, d’attractivité et de compétition menées par Johanna Rolland à Nantes.

Nantes en Commun porte un projet de transformation profonde pour Nantes, allant dans le sens de la réappropriation de nos vies, de l’écologie populaire et des communs. Nous avons fait le choix de porter ce projet aux élections municipales car les institutions locales sont un levier pour cette transformation.

Le 15 mars dernier, Nantes en commun a recueilli 8,95% des voix, malgré un scrutin entaché d’illégitimité. Nous ne pouvons pas maintenir seuls notre candidature au second tour mais l’opportunité de transformer en profondeur notre modèle de société à Nantes s’offre en remportant la mairie avec la liste “Nantes ensemble”, la liste qui a déclaré avoir la même volonté de transformation que nous. C’est maintenant ou jamais, l’urgence est là et il est de notre devoir de participer à la transformation de la ville, de transformer nos luttes en réalités.

Face aux enjeux actuels, nous proposons de relever les défis suivants : 

  1. Construire des moyens de production locaux pour répondre à nos besoins essentiels, en respect avec la nature et les personnes, afin de vivre dans un territoire plus résilient et plus autonome (alimentation, énergie, eau, transports, santé,…)
    Pour cela, nous proposons, entre autres, la création d’une régie alimentaire municipale, d’un fournisseur local d’énergie, de maisons de santé par quartiers ou encore la mise en place d’une gratuité des transports en commun pour près de 50% de la population de la métropole. Pour mener la transition économique dont nous avons besoin, ouvrons des ateliers communaux, des espaces de production, de partage des savoir-faire et de création de projets.
      
  2. Sortir Nantes de la logique marchande : notre ville n’est pas à vendre, cessons d’en faire une marchandise et faisons-en un lieu d’accueil, d’entraide et de convivialité.
    C’est notamment le sens de nos propositions de faire un moratoire sur les grands projets urbains qui détruisent les quartiers et les liens existants, notamment le projet de déplacement du CHU. Au contraire, nous voulons, dans nos quartiers, des places centrales piétonnes, des zones sans voitures autour de chaque école de la commune, des lieux de rencontre et de convivialité gérés par les habitants. Enrayons la spéculation immobilière et plafonnons les loyers pour permettre à tous les Nantais et Nantaises de pouvoir continuer à se loger à Nantes. 

  3. Développer les outils et les moyens pour que les habitant·e·s de tous les quartiers nantais puissent maîtriser leur cadre de vie, définir et répondre à leurs besoins fondamentaux.
    Pour cela, donnons les moyens à des assemblées de quartier autonomes de se former : avec un lieu et des budgets propres et un soutien aux projets habitants. La réappropriation habitante doit être possible partout, y compris dans tous les projets de transition écologiques évoqués plus haut.

Nous appelons la liste “Nantes ensemble” à relever ces défis. Si c’est ce que choisit de faire Nantes ensemble, nous sommes prêt•e•s à contribuer, avec elles et eux, à mettre en œuvre cette politique ambitieuse.

Ensemble et en commun, construisons un autre monde à Nantes.

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Ouverture d’Uniqlo à l’heure où il nous faut tourner la page de la métropolisation https://blogs.nantesencommun.org/2020/05/20/ouverture-duniqlo-a-lheure-ou-il-nous-faut-tourner-la-page-de-la-metropolisation/ https://blogs.nantesencommun.org/2020/05/20/ouverture-duniqlo-a-lheure-ou-il-nous-faut-tourner-la-page-de-la-metropolisation/#respond Wed, 20 May 2020 12:43:33 +0000 https://blogs.nantesencommun.org/?p=2996 Aujourd’hui ouvre le nouveau magasin Uniqlo, construit sur feu square Fleuriot et les vestiges de la muraille de Nantes au XIIIe siècle.

Dommage pour cette grande chaîne, elle ne pourra pas ouvrir en grande pompe comme prévu et préparé par les élus locaux — coronavirus oblige ! On se souvient effectivement d’Alain Robert, élu nantais et vice-président aux projets urbains à la métropole, qui, même en pleine campagne électorale, se félicitait de l’arrivée de cette marque de prêt-à-porter japonaise et du soit-disant apport bénéfique pour les autres commerçants du centre-ville (?).

On a là un bien bel exemple des conséquences des politiques de métropolisation et d’attractivité : on brade un espace public non marchand pour y construire un énième bâtiment — dont l’architecture dénote avec le reste du quartier pour dire les choses subtilement — pour accueillir l’un des symboles de la mondialisation. Le tout, promu par des élus locaux qui se targuent d’avoir bien joué les règles du système sans jamais les questionner, et qui, bien sûr, à chaque crise, tentent de nous faire croire qu’ils ont changé, qu’ils ont compris les enjeux écologiques et la nécessité de changer de modèle….

Mettons fin à ces politiques d’attractivité qui défigurent nos villes au nom de la sacro-sainte croissance, et qui sacrifient le bien vivre de ses habitant·e·s. Pour construire le monde de demain, commençons par tourner la page de la métropolisation ! 

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YELLOPARK : ÇA CONTINUE ! ⚽️💶 https://blogs.nantesencommun.org/2020/05/11/yellopark-ca-continue-%e2%9a%bd%ef%b8%8f%f0%9f%92%b6/ https://blogs.nantesencommun.org/2020/05/11/yellopark-ca-continue-%e2%9a%bd%ef%b8%8f%f0%9f%92%b6/#respond Mon, 11 May 2020 11:19:57 +0000 https://blogs.nantesencommun.org/?p=2992 On pensait tous qu’après l’abandon du projet ubuesque de nouveau stade, on n’entendrait plus jamais parler du YelloPark.

Souvenez-vous le Yello Park, c’était ce projet scandaleux : Septembre 2017. La présidente de la Métropole, le propriétaire du FC Nantes et un promoteur immobilier annoncent que le stade de la Beaujoire, qui répond pourtant aux normes internationales, sera rasé et remplacé par un nouvel équipement privé dans le cadre d’un vaste programme immobilier. En plus du gâchis qu’implique ce projet, sur la méthode tout va de travers : pas de concertation quant à l’opportunité du projet, pas d’étude du bilan environnemental, pas de mise en concurrence …
Brader un quartier de la ville au profit du foot business (10,6 millions les 23 hectares, soit 45€ le m2) scandalise à tel point l’opinion que le projet est remplacé, en novembre 2018, par un projet encore plus fou : un nouveau stade sera bien construit mais à quelques dizaines de mètres du stade actuel qui sera finalement préservé sans que l’on en connaisse l’usage…

En février 2019, une perquisition du Parquet National Financier à l’encontre de Waldemar Kita interrompt l’aventure. On pensait alors, à tort, que ces projets insensés étaient tombés définitivement dans les poubelles de l’histoire de Nantes.

Le journal L’Equipe nous a appris, le 6 mai, que le président du FC Nantes, Waldemar Kita a “saisi le tribunal administratif pour le préjudice des 12 millions d’euros investis dans le travail préparatoire au stade qui devrait voir le jour en 2022, alors que la mairie et la métropole s’étaient engagées”.

la Métropole était-elle informée de la saisine du Tribunal Administratif par Waldemar Kita le 22 janvier dernier ? Si oui, pourquoi ne pas avoir informé les habitants de la métropole qui ont suivi, honteusement, le feuilleton de ce “YelloGate”. Ces informations ont-elles été gardées sous silence en pleine campagne électorale ?

Devons-nous nous inquiéter de devoir payer la facture de 12 millions d’euros réclamés par Waldemar Kita ? Cette situation serait une nouvelle fois le fruit des errements et de l’amateurisme du Vice Président de la métropole en charge du sport de haut niveau, Pascal Bolo dans ce dossier honteux.

Par ailleurs, quelques jours seulement avant la fin de confinement, le bureau métropolitain, réuni le jeudi 7 mai auprès de la Présidente Johanna Rolland, a décidé de l’attribution d’une subvention de 200 000 € au FC Nantes pour le financement “d’actions de formation et d’éducation”.

Nous saluons l’initiative des élus écologistes de Nantes Métropole qui se sont opposés à cette attribution malgré leur appartenance à la majorité de Johanna Rolland.

Nous nous étonnons de l’attribution de cette subvention au regard du contexte dans lequel elle fut décidée. Le président du FC Nantes, Waldemar Kita, souhaite en effet déménager le centre de formation du club en dehors de la Métropole. Nous doutons ainsi de la bonne utilisation de cet argent public par un club détenu par une holding implantée à l’étranger.

Donner 200 000 euros d’argent public à un club dont la société nous réclame par ailleurs 12 millions d’euros au tribunal nous paraît complètement insensé Il n’est pas admissible que la puissance publique, prétendant être garante de l’intérêt général, s’incline face à l’intérêt privé.

Lire aussi ⤵
« YelloPark : le commun contre le partenariat public-privé »

https://www.nantesencommun.org/…/yellopark-le-commun-contr…/

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Ce que nous pensons de la réouverture des écoles https://blogs.nantesencommun.org/2020/05/04/ce-que-nous-pensons-de-la-reouverture-des-ecoles/ https://blogs.nantesencommun.org/2020/05/04/ce-que-nous-pensons-de-la-reouverture-des-ecoles/#respond Mon, 04 May 2020 14:40:47 +0000 https://blogs.nantesencommun.org/?p=2982 Rouvrir les écoles, pourquoi pas, mais à certaines conditions. Voici le positionnement de Nantes en commun sur la réouverture des écoles maternelles et primaires à Nantes à partir du 11 mai 2020. 

  1. Ne faisons pas porter toute la responsabilité sanitaire sur les agents
  2. La reprise de l’école doit s’accompagner d’une réouverture aménagée de la cantine
  3. Mettre à disposition prioritairement tous les locaux disponibles aux écoles
  4. Stop à l’hypocrisie de la “continuité pédagogique”, ouvrons des espaces de dialogue pour permettre aux enfants de mieux comprendre et mieux vivre cette période 
  5. Au lieu de “Vacances Apprenantes” proposons de retrouver l’expérience du collectif et l’autonomie : organisons des colonies de vacances municipales

Témoignages :

On nous demande de tout improviser en très peu de temps !” ; “Comment veulent-ils que les enfants respectent des gestes barrières ? Ils ont déjà vu une cour de récré ?!” “Beaucoup des parents de mes élèves ont peur de la reprise de l’école, ils paniquent” ; “J’ai des élèves dont les parents ne veulent pas envoyer leurs enfants à l’école parce qu’ils ont peur des implications sanitaires. Par exemple, la mère de l’un d’entre eux travaille avec des personnes âgées. Elle ne veut pas prendre le risque de choper le virus via son fils et être responsable de la mort de plusieurs des personnes dont elle prend soin”.
“On sature de mails, on en reçoit 6 à 7 par jour de différentes instances. Mais on ne reçoit aucune information claire, on est dans le flou. Et depuis quelques jours, plus rien, aucune info, on attend.” “On a reçu un mail de la directrice de l’école de ma fille et elle semble suggérer que la rentrée pourrait se faire en septembre !” 

Chez les parents, les enseignants, le personnel scolaire, on sent l’inquiétude. La peur d’une accélération de la propagation du virus. La peur de laisser des enfants pour compte. Le flou des consignes du ministère, du rectorat, de la mairie. L’incertitude quant à leur capacité à rouvrir l’école. La pression malsaine que l’on fait peser sur le corps enseignant et les parents au nom de la fameuse “continuité pédagogique”, comme s’ils étaient responsables de cette situation. Le sentiment d’impuissance qui en découle. 

Tout le monde prépare cette rentrée corona à la hâte. L’État laisse les collectivités et les villes se charger de tout, faisant reposer sur elles une grande responsabilité, ce qui est à la fois normal puisque c’est l’échelon le plus pertinent, mais aussi déroutant puisque c’est une décision centralisée qui ne prend pas compte les situations locales. 

Le gouvernement exige la réouverture des écoles le 11 mai, alors que le conseil scientifique préconisait une réouverture en septembre. Une fois de plus, il semblerait que la reprise et le sauvetage de l’économie prévalent sur la santé des habitant⋅e⋅s. De nombreux pays européens ont préféré mobiliser leurs agents pour préparer la rentrée de septembre plutôt que de leur faire porter la responsabilité d’une réouverture immédiate. Pourquoi ne pas avoir fait le même choix ? Pourquoi ne pas anticiper la rentrée de septembre 2020? En en profitant notamment pour accorder plus de moyens aux auxiliaires de vie scolaire et accompagnant·e·s des élèves en situation de handicap.

1 Ne faisons pas faire porter la responsabilité sanitaire sur les agents

Nous soutiendrons les membres du personnel éducatif qui exerceront leur droit de retrait parce que les conditions sanitaires ne sont pas réunies pour qu’ils effectuent leur travail en toute sécurité, pour leurs élèves et pour eux-mêmes. Et nous dénonçons le chantage et la culpabilisation des enseignants à qui on assène, lorsqu’ils expriment des doutes ou refusent de retourner travailler, qu’ils sont responsables de l’accroissement des inégalités. C’est le système actuel qui est à l’origine des inégalités entre les élèves, pas le fait qu’ils manquent quelques semaines de cours dans leur scolarité. 

2 La reprise de l’école doit s’accompagner d’une réouverture aménagée de la cantine

Nous ne sommes pas dupes : la décision de réouverture des écoles est fortement liée à des choix économiques. Malgré les discours gouvernementaux contradictoires, malgré les risques et les protections sanitaires aléatoires, de nombreux parents doivent retourner au travail, s’ils et elles n’y sont pas déjà. Pour cette raison, ils ont besoin que leurs enfants soient accueillis toute la journée, y compris durant le temps du midi.

Et pour les familles les plus modestes, la cantine est indispensable pour que leurs enfants mangent au moins un repas complet par jour à moindre coût. Si nous saluons l’initiative de la mairie de compenser l’absence de cantine en donnant 100€ par enfant pour les familles modestes, cela risque d’être insuffisant si on ne réouvre pas les cantines en mai. 

C’est d’autant plus vrai que de demander aux parents de préparer un pique-nique pour chaque jour de la semaine est une pression supplémentaire — à la fois financière, sociale et organisationnelle — dans un contexte économique et social déjà compliqué.

Aidons les agents à s’organiser pour adapter la préparation de repas au contexte sanitaire : il est nécessaire de veiller à ce qu’ils soient protégés, mais il faut également envisager tout scénario qui permettrait de ne pas compliquer leur mission, par exemple, en privilégiant les repas froids. La ville doit également veiller à ce que les animateurs périscolaires engagés par l’ACCOORD aient les moyens matériels et logistiques de préparer cette rentrée, de se protéger et d’assurer leurs missions en toute sécurité.

3 Mettre à disposition prioritairement tous les locaux disponibles aux écoles

À partir du 11 mai, les effectifs seront limités à 15 élèves par classe. Dans de nombreuses écoles, qui souffrent déjà de manque d’espace en temps normal,  cette exigence sanitaire est difficilement réalisable. Alors, pour permettre le dédoublement des classes et la distanciation physique, mettons à disposition les locaux associatifs et équipements sportifs non utilisés. Faisons également classe en extérieur, dans les parcs et les espaces verts autant que possible — ce qui semble particulièrement pertinent après deux mois de confinement.

4 Stop à l’hypocrisie de la “continuité pédagogique”, ouvrons des espaces de dialogue pour permettre aux enfants de mieux comprendre et mieux vivre cette période

On sait à quel point il aura été difficile, en pratique, d’assurer la “continuité pédagogique” tant vantée par le ministre de l’éducation. Pour de nombreux parents et enseignants, cette injonction a été une source d’inquiétude et de pression sans pareil. Mais la reprise de l’école ne signifie pas retour à la normale. 

Les enseignants sont assez unanimes : leur priorité ne sera pas pédagogique, mais sanitaire. Les aménagements et tâtonnements matériels et logistiques ne permettront pas de reprendre normalement  le cours des choses. Par ailleurs, il faudra composer avec des classes incomplètes — nombre de familles ont déjà annoncé leur souhait de garder leurs enfants. Et après deux mois de confinement, deux mois sans rythme scolaire et sans vie sociale, comment les enfants pourront-ils retourner à l’école et continuer à suivre le programme comme si de rien n’était ? D’autant plus que pour certains, cette période aura été particulièrement douloureuse, à cause des conditions matérielles ou de situations familiales parfois tendues. 

Alors assumons pleinement l’aspect inédit de cette reprise : assumons le fait que l’école assure temporairement un simple accueil, notamment pour permettre aux parents de retourner au travail — puisqu’il s’agit bien de la véritable raison de cette rentrée précipitée 

Profitons de cette période pour permettre aux équipes pédagogiques d’ouvrir des espaces de discussion, de libération de la parole des enfants et d’échanges sur la période actuelle. Des espaces aussi, dans lesquels les enfants peuvent exprimer leurs sentiments, notamment en lien avec ce qu’ils ont pu éprouver lors du confinement. 

Les animatrices et animateurs du périscolaire peuvent également avoir un rôle là-dedans, en travaillant étroitement avec les enseignants·e·s. Ce peut être l’occasion de rapprocher les différents acteurs pédagogiques, ainsi que les élu·e·s, qui disposent de peu de lieu de dialogue. 

5 Au lieu de “Vacances Apprenantes” proposons de retrouver l’expérience du collectif et l’autonomie : organisions des colonies de vacances municipales.

Le ministre de l’éducation, soudain soucieux des inégalités scolaires, a annoncé sa volonté de mettre en place le dispositif “Nation apprenante”, durant les vacances d’été, afin de compenser la fermeture des écoles pendant le confinement. Ce dispositif semble similaire aux stages de remédiation qui existent déjà et dont l’efficacité reste très limitée. On ne résout pas des difficultés scolaires, quelque soit leur nature, en une semaine de bachotage. 

Ne risquons-nous pas de créer un énième dispositif inefficace alors que ceux qui fonctionnaient ont été sacrifiés pour des raisons purement budgétaires — c’est notamment le cas des RASED, les Réseaux d’Aide Spécialisée aux Elèves en Difficulté ?

Si la ville n’a pas de pouvoir directement sur ces mesures nationales, elle peut jouer un rôle dans la réduction des inégalités à travers des politiques éducatives et jeunesse. 

Par exemple, anticipons le fait que nombre d’entre eux ne pourront pas partir en vacances cette année, plus encore que d’habitude. Par le passé, la ville de Nantes était propriétaire d’un centre de colonies de vacances permettant aux enfants les plus modestes d’être accueillis, hébergés et de partir en vacances. Aujourd’hui, ce centre n’existe plus et les places proposées par les structures publiques sont insuffisantes. 

Notre proposition est que la mairie achète des terrains dans la nature, et/ou de camping qui soient de véritables terrains d’aventure pour les enfants. Sur le modèle des associations d’éducation populaire ou d’éducation nouvelle, créons un cadre sécurisant au sein duquel les enfants pourront développer leur autonomie individuelle et leurs habiletés sociales, éprouver leur pouvoir d’agir, vivre des expériences collectives, par exemple en décidant collectivement des activités qu’ils ont envie de faire. 

Cette proposition, suite au confinement et dans un contexte de crise économique et sociale, semble répondre aux besoins les plus prégnants de nos enfants.

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Sommes-nous des irresponsables ? (Oui.) https://blogs.nantesencommun.org/2020/05/04/sommes-nous-des-irresponsables-oui/ https://blogs.nantesencommun.org/2020/05/04/sommes-nous-des-irresponsables-oui/#respond Mon, 04 May 2020 08:07:14 +0000 https://blogs.nantesencommun.org/?p=2975 Face à la crise sommes-nous des irresponsables ? Sommes-nous irresponsables par nos actes ou justement car nous soumettons nos actes aux certitudes des gens “responsables” ? Et si cette crise n’avait pas révélé l’étendue de l’irresponsabilité de nos “responsables” ?
La réponse à ces questions est incontestablement oui mais un “oui” qui doit sonner comme le glas de ces mêmes “responsables”. Si la responsabilité est la charge propre à ceux qui décident et agissent elle est d’abord la vertu de répondre de ses actes. Répondons à notre irresponsabilité, celle de nous être laissé mener par des irresponsables, et faisons maintenant les choses nous-mêmes !

En ce qui concerne cette crise, de quels actes devrions-nous répondre ? D’avoir négligé la gravité de ce virus quand nous nous annoncions qu’il ne s’agirait que d’une grippe ? D’avoir profité des bars et cafés quand nous nous encouragions à sortir profiter des théâtres (1) ? D’avoir flâné dans les parcs un après-midi quand nous nous appelions à voter le matin du même jour (2) ? D’avoir bravé le confinement pour accompagner nos proches dans la solitudes ou la mort quand nous nous sommons de continuer à travailler malgré tout ? D’avoir cru pendant si longtemps que nous vivions dans un monde sans limite quand nous nous encourageons chaque jour à œuvrer pour toujours plus de croissance ? D’avoir oublié nos soignantes et soignants quand nous nous expliquons depuis tant d’années qu’il fallait dépenser moins pour nos hôpitaux ? De ne pas avoir agi, de ne pas avoir cherché à faire autrement quand nous nous expliquons que seuls eux, les “responsables” savent agir, et qu’il n’existe pas d’alternative ?

Nous ne pouvons répondre de rien. Nous sommes irresponsables.


Qui sont les responsables alors ?

Il y a ces hommes qui chaque jour nous interpellent par voie télévisuelle. L’un d’eux clame que nous sommes en guerre mais qu’il a à cœur de nous protéger. Un autre nous annonce chaque soir le bilan des victimes et les mesures qu’il prend la charge de mettre en place et encore un autre nous annonce les points de “PIB” que nous perdons tout en nous assurant des capacités du gouvernement à investir face à la gravité de la situation. Chaque jour ils nous interpellent et nous font la démonstration de la charge immense qui semble peser sur leurs épaules. Cette charge qu’ils assument avec force et courage, nous protégeant des périls du monde et nous rassurant par leurs paroles pleines de leurs responsabilités, et nous ramenant par la même occasion à notre totale irresponsabilité. Ils sont responsables car ils ont les chiffres, ils ont les lois. Ils savent. Ils parlent. Nous les écoutons. Nous nous les faisons écouter. De fait, et ce fait leur accordant le droit, ils sont responsables.


L’art des certitudes 

Mais ces chiffres et ces lois qu’ils semblent comprendre et maîtriser au point d’en devenir responsables, leur permettent-elles d’acquérir plus que la confirmation de leurs propres certitudes ? Car ils n’en manquent pas, de certitudes. N’est-ce pas le propre des responsables que d’avoir des certitudes ? Enfin, plus justement, de définir leurs croyances en certitudes et d’agir en fonction. C’est bien parce qu’ils sont capables de certitude qu’ils acquièrent la capacité d’agir et donc la charge de répondre de leurs actes. Et de quels actes doivent-ils aujourd’hui répondre ? eh bien précisément des nôtres car nos certitudes étaient précisément les leurs.

Pendant plusieurs semaines, avant les débuts du confinement mais encore jusqu’à aujourd’hui, régnait la certitude que nous n’avions à faire qu’à une simple grippe. “C’est une forme de grippe” (3), voilà la parole qui dominait le débat public il y a encore quelques semaines. Pourquoi changer nos habitudes de vie alors ? Nous ne nous confinons pas chaque année lors des épisodes grippaux. Nous étions aussi rassurés par la certitude que notre système de santé était le meilleur du monde. La “pleurniche hospitalière” (4) n’y changerait rien, “les budgets sont en hausse” (5) affirmait le président Emmanuel Macron le 5 avril 2018. “Il y a moins d’activité dans les hôpitaux alors qu’on augmente les budgets” déclarait le même jour la ministre de la santé, Agnès Buzyn. Malgré nos incertitudes d’irresponsables, les certitudes des responsables étaient formelles : notre système de santé jouit de l’abondance, et ce n’est pas près de s’arrêter car “il n’y aura pas d’économie sur l’hôpital dans ce quinquennat” (6) s’engageait Emmanuel Macron le 16 avril 2018.

Et quand bien même ce virus s’avèrerait plus dangereux qu’une grippe, quand bien même notre système de santé se révèlerait ne pas être le meilleur du monde, “le risque d’importation de cas depuis Wuhan est modéré. Il est même maintenant pratiquement nul” (7) affirmait Agnès Buzyn. Une marque d’assurance et de sérénité qui explique sans doute sa démission, quelques jours après cette déclaration, de son poste de ministre de la santé pour se consacrer pleinement à la course à la Mairie de Paris, enjeu somme toute plus important.

Le règne des mensonges

Pourtant, en l’espace de seulement quelques jours, notre pays a basculé dans une crise sanitaire d’une ampleur inédite et dangereuse. En quelques jours, le nombre d’hospitalisations a explosé, les placements en réanimation ont largement dépassés les capacités matérielles de nombreux hôpitaux et le nombre de morts quotidien se compta très vite en centaines par jour.

Face au terrible constat que notre système de santé n’était absolument pas apte à absorber une telle épidémie à cause de moyens largement insuffisants, le pays entier fut placé en confinement dès le 17 mars. Pendant plus d’un mois se succédèrent les prises de positions contradictoires et mensongères de nos “responsables”. Les certitudes qui structuraient les comportements depuis plusieurs semaines venaient de voler en éclats. 

Après avoir cultivé la certitude que notre système de santé jouissait d’une abondance de moyens, il se révéla en manque de tout. En manque de matériel, en manque de personnel, en manque de lits, en manque de tests et en manque de masques. Après avoir affirmé que nous avions des millions de masques mais que leur port était de toute façon inutile, il se révéla que nous étions à peine capable d’en fournir à nos soignant·e·s et que leur port obligatoire était plus que recommandé pour tout le monde. Après avoir affirmé que tester massivement la population au Covid-19 était inutile, il se révéla que les pays suivant cette stratégie avaient beaucoup moins de morts à déplorer. Mais force était de constater que nous n’avions pas les moyens d’effectuer ces tests.

La certitude aveuglante de la vertu du marché 

Cette crise, et ces mensonges, sont le résultat, et le camouflage, de certitudes bien plus profondes qui animent nos “responsables”. Pourtant le monde scientifique établissait, dès le 25 février (8), la certitude du risque de pandémie et que dès le 2 mars, l’analyse du rapport de la visite de l’OMS montrait qu’il était possible d’arrêter la course folle du virus en procédant à des dépistages massifs et ultra-rapides avec isolement immédiat des personnes positives. De l’aveu d’Agnès Buzyn elle-même, le gouvernement avait connaissance des risques et des nécessités mais resta sourd et obnubilé par les échéances municipales.

De même, depuis de nombreux mois, même de nombreuses années, les soignantes et soignants criaient leur colère et leur désespoir face à la décrépitude de l’hôpital public. Mais, là encore, les “responsables” restaient aveuglés par leurs certitudes profondes. La certitude de la vertu de la concurrence et de l’hégémonie du marché. La certitude qui a justifié la baisse sensible des moyens alloués à l’hôpital public au bénéfice du privé (9). La certitude qui a justifié l’introduction de la tarification à l’acte (T2A) conditionnant le financement des hôpitaux aux actes réalisés. La certitude qui a justifié le regroupement des services et la construction de nouveaux grands centres sanitaires (tel que le futur CHU de Nantes) (10). La certitude qui fait que ces 15 dernières années plus de 69 000 lits d’hôpitaux ont disparu et que 95 hôpitaux ont tout bonnement et simplement fermé entre 2013 et 2017 (11).

Malgré la crise actuelle, rien ne semble profondément remettre en cause les certitudes de nos “responsables”. C’est en tout cas ce que prête à croire une note de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) selon laquelle un futur plan gouvernemental prévoit d’accentuer les partenariats public-privé et le rôle des assureurs privés dans le système de santé français. (12)

Selon nos “responsables” rien ne doit vraiment changer. Surtout pas leurs certitudes. La première d’entre elles étant que la raison économique doit régir le monde. C’est bien le sens du déconfinement prévu dès le 11 mai. C’est même le sens du confinement tel qu’il est mis en place depuis le 17 mars : ne sortez que pour travailler ! 

Le stade ultime de l’irresponsabilité : le néolibéralisme

En faisant le choix du déconfinement partiel et précipité, dans la continuité du confinement autoritaire, les “responsables” nous astreignent à être des travailleurs dociles et des consommateurs passifs. C’est moins un confinement qu’un phénomène de domiciliation totale de la société (13).

La gestion de la crise actuelle, bien que mêlant des moments d’incompétence et de communication politique, est d’abord la manifestation du stade ultime de l’irresponsabilisation institutionnalisée. Les sujets de la société deviennent des corps irresponsables à gérer. La gouvernementalité néolibérale s’insinue jusque dans nos foyers, nous devenons des objets producteurs-consommateurs qu’il convient de gérer rationnellement (la raison étant entendue comme la raison économique.). Ce moment d’extrême contrôle de nos déplacements est la forme la plus choquante et visible d’un processus qui pourtant guide le sens de nos institutions depuis longtemps.

Ce confinement, et sa suite directe que sera le déconfinement sous-contrôle (14), s’inscrivent dans cette logique de domestication générale de la société à des lois qui la dépassent. D’abord, ce sont nos lois collectives, censées être le fruit du consentement et de la délibération collective, qui se retrouvent être déterminées par des principes transcendants (le principe du marché, de la rigueur et de la bonne comptabilité) (15). C’est aussi nos villes qui ne sont plus aménagées selon les besoins communautaires et la sédimentations des vécus mais selon des principes de rationalité économique (principe des flux, de l’attractivité et de la sécurité) (16). C’est enfin directement nos existences individuelles qui sont de plus en plus régies dans leurs corps mêmes. Avant même le confinement, nous pouvions observer un phénomène de domiciliation des existences. Le règne de l’espace privé, et tout ce qu’il porte d’exclusion et de segmentation, s’est imposé au dépens de l’espace public, et tout ce qu’il portait de commun et de partage. Ne sortir que pour produire ou consommer. Même la consommation a fini par rejoindre l’espace privé grâce à la possibilité de se faire livrer toute chose chez soi sans bouger de son canapé. Et lorsque l’espace public s’étiole c’est la démocratie et la société elles-même qui s’érodent.

Mais, celles et ceux aujourd’hui en position d’être nos “responsables”, sont eux-mêmes soumis à cette domestication de leur esprit. Ils sont incapables de penser un autre monde. Ils sont soumis aux lois transcendantes du marché qui incombent de produire toujours plus en partageant toujours moins. De travailler toujours plus en agissant toujours moins. De consommer encore en ne pensant plus. Eux aussi sont prisonniers de cette vision du monde.

Soyons responsables, faisons par nous-mêmes


Il en reste malgré tout que ce sont bien eux qui, aujourd’hui, tiennent les manettes des institutions, prennent les décisions et agissent pour ou contre le bien commun. Cela  justifie que nous les tenions entièrement responsables du passé mais pour l’avenir rendons-les définitivement irresponsables et reprenons les rênes. Cette crise peut être un grand seau d’eau au visage de notre société. Être responsables implique que nous répondions de nos actes. Nous les avons laissé faire pendant trop longtemps, voici alors une première réponse à cela : faisons désormais sans eux.

Si nos responsables sont des irresponsables comme les autres alors nous, irresponsables, avons toutes les chances d’être de fabuleux responsables. Reprenons en main nos affaires et reconstruisons notre capacité à décider pour nous-mêmes mais, surtout, à agir collectivement. La démocratie ne renaîtra pas dans l’enceinte austère d’une institution, sous les plafonds dorés d’un palais républicain ou dans les esprits arides des élus professionnels.

La démocratie naît et vit de nos actions collectives quotidiennes et concrètes. Elle vit lorsque nous nous approprions l’espace public, elle vit lorsque nous cultivons les friches pour nous nourrir, elle vit lorsque nous organisons la solidarité entre voisins, elle vit lorsque nous réquisitionnons des lieux vides pour loger celles et ceux dans ce besoin, elle vit lorsque les soignantes et soignants se démènent pour secourir, elle vit lorsque les profs donnent tout pour instruire, elle vit lorsque les travailleuses et travailleurs se lèvent et disent “non !”, elle vit surtout lorsque nous disons ”non !”, non à ces injustices, non à ces fatalités, non à ces lois qui nous transcendent, non à l’irresponsabilité des “responsables”. Et elle vivra tant que nous nous rencontrerons, tant que nous discuterons, tant que nous nous assemblerons, tant que nous agirons nous-mêmes et tant que nous conditionnerons toutes nos actions à construire du commun, de la solidarité, de l’unité et de la justice. (17)

Soyons responsables, répondons de nos actions 

En définitive, la crise que nous vivons nous apprend l’impérieuse responsabilité qui nous incombe de réencastrer nos existences dans la réalité du monde matériel, reprendre le goût de la justesse, réapprendre l’art de l’harmonie et ressaisir la raison des limites. À rebours des discours guerriers, romantiques et sur-humains de nos dirigeants, il nous faut redevenir humains, humbles et conscients.

Cette crise doit être une leçon, même si en elle-même elle ne porte rien. Elle n’est ni un geste divin ou une punition de mère Gaïa. Elle n’est que le résultat indirect de nos propres actions collectives, de notre propre aliénation, de politiques choisies et de nos consentements égarés. Cette crise n’est que le résultat d’une civilisation productiviste exploitant le vivant et marchandisant chaque chose. Ceux qui ne pourraient accepter que nos actes façonnent le monde, qui ne pourraient accepter qu’il faut rendre des comptes, ceux-là sont les irresponsables.

Nous ne pourrons pas continuer comme avant sans en subir de nouvelles conséquences désastreuses. Mais nous pouvons faire autrement, ici et maintenant. (18)

Notes :

1 :  BFM TV – 7 mars 2020 – “Emmanuel et Brigitte Macron au théâtre pour inciter les Français à sortir malgré le coronavirus”

2 : Sud Ouest – 13 mars 2020 – “Pour Castaner, il n’y a “pas de risques sanitaires”
https://www.sudouest.fr/2020/03/13/municipales-2020-pour-castaner-il-n-y-a-pas-de-risques-sanitaires-7319278-10883.php

3 : Télé Loisirs – 11 mars 2020 –  Michel Cymes sur le coronavirus : “Si on fait des dépêches à chaque fois qu’un mec a la grippe… C’est dingue !”

4 : Youtube – 5 avril 2020 – “La PLEURNICHE permanente hospitalière de Yves Calvi”

5 : Youtube – 5 avril 2018 – “Echange musclé entre Emmanuel Macron et une salariée du CHU de Rouen”

6 :  Franceinfo – 2 mai 2018 – “Pas d’économies à l’hôpital en 2018 selon Manu : vraiment ?”

7 : Franceinfo – 9 mars 2020 – “Agnès Buzyn a-t-elle sous-estimé le risque de propagation en France ?”

8 : La vie des idées – Pascal Marichalar, 25 mars 2020 – “Savoir et prévoir : première chronologie de l’émergence du Covid-19”

9 : Brut. – 26 mars 2020 – “Hôpital public : des décennies d’économies”

10 : Blog NEC – 18 février 2020 – “Un grand projet imposé : le regroupement du CHU sur l’île de Nantes”

11 : LCI – 13 novembre 2019 – “Hôpital : 69.000 lits ont-ils été supprimés ces 15 dernières années ?”

12 :  Mediapart – Laurent Mauduit – 1 avril 2020 – “Hôpital public: la note explosive de la Caisse des dépôts”

13 : lundimatin – Camille Espedite et Anna Borrel – 13 avril 2020 – “Pouvoir, domicile, mort : à l’ère du Covid-19”

14 : Blog Nantes en commun – 23 avril 2020 – “Chronique d’une surveillance numérque inéluctable” 

15 : Actuel Marx – Samir Amin, Giovanni Arrighi, François Chesnais, David Harvey, Makoto Itoh et Claudio Katz – 2006 – “Qu’est-ce-que le néolibéralisme ?”

16 : Blog Nantes en commun – 17 juin 2019 – “L’attractivité, version locale du ruissellement vs La politique du bien-vivre pour les habitant·es”

17 : Nantes en commun – Fiche “La démocratie et la commune” 

18 :  Blog Nantes en commun – 7 avril 2020 – “Le monde d’après se fera près de chez nous” 

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Construisons un autre monde à Nantes https://blogs.nantesencommun.org/2020/05/01/construisons-un-autre-monde-a-nantes/ https://blogs.nantesencommun.org/2020/05/01/construisons-un-autre-monde-a-nantes/#comments Fri, 01 May 2020 15:19:53 +0000 https://blogs.nantesencommun.org/?p=2958 Faisons des Beaux Arts le cœur de notre commune

Nantes, le 1er mai 2020,

La crise que nous traversons est un triste révélateur des maux d’un modèle qui se meurt à force de produire, consommer, croître, accélérer, accumuler. Les semaines qui viennent sont cruciales et nous serons amenés à faire des choix. Les partisan⋅e⋅s de la relance souhaitent que tout reparte “comme avant”, qu’on revienne à la “normale”. Mais la normalité n’est plus. Nous devons réinventer de nouvelles normalités, avancer sans certitude en restant clairs sur nos objectifs. 

Pas de plan de reprise ni de relance. Nous avons besoin d’une transformation. Et cette transformation ne peut se faire que par une construction collective, citoyenne. La classe politique a montré ses limites dans la gestion de cette crise. Ne prenons pas le risque de confier notre avenir à une poignée de personnes alors que nous sommes collectivement plus à même de prendre les bonnes décisions. Place maintenant à la voix et à l’action des habitant·e·s. Les solutions existent, mettons-les en oeuvre et faisons-en une question de priorité.

Nantes en Commun appelle dès aujourd’hui à l’auto-organisation d’une assemblée des Nantais·es afin de donner la parole aux habitant·es pour construire un autre monde. Son objectif est de faire des propositions pour répondre aux besoins urgents durant la crise et poser les bases d’une réorganisation de notre ville, pensée selon un nouveau modèle démocratique, féministe, solidaire et écologiste. Nous proposons notamment qu’elle définisse les activités que nous ne souhaitons pas voir se poursuivre et organise la transition vers des activités qui nous semblent faire sens. Cette assemblée se devra d’être indépendante des institutions, autogérée et ouverte à tous les habitant·e·s de Nantes et des territoires proches. 

Nantes en Commun appelle l’ensemble des mouvements et des personnes qui se reconnaissent dans les valeurs de réappropriation citoyenne de la ville, de  démocratie en auto-organisation locale et d’écologie populaire, à s’investir dans la création de cette assemblée.

En signant la tribune #NousLesPremiers* le 27 avril 2020, Johanna Rolland a reconnu l’importance de la voix des habitant·e·s. Cette tribune mentionne notamment que “Pour sortir de la crise “dans la concorde” et inventer ensemble ce fameux “monde d’après”, il est indispensable de dessiner un scénario démocratique impliquant le plus largement possible les citoyens, les territoires et la société civile organisée,” et qu’il est nécessaire de “mettre en place des Fabriques de la Transition au niveau local” tout en rappelant que “Nous avons la conviction qu’il faut partir des territoires, au plus proche des citoyens”.

Ainsi et afin que cet engagement de Johanna Rolland soit respecté, Nantes en Commun demande à la municipalité la mise à disposition d’un lieu pérenne et respectant les consignes sanitaires pour la tenue de cette assemblée citoyenne indépendante : l’ancienne école des Beaux Arts, comme première étape. Ce lieu sera un lieu d’action, de réflexion sur le monde que nous voulons construire collectivement et d’auto-organisation habitante. 

Nantes en Commun appuiera la mise en oeuvre de l’assemblée des Nantais·es et estime que les choix politiques à faire devront être fondés exclusivement sur les propositions de l’assemblée.

Pour que ce projet devienne réalité, envoyez un message à autremondenantes@protonmail.com pour que nous organisions la suite ensemble.

“Tout ce qui se fait sans Nous, se fait contre Nous”, Nelson Mandela.

Nantes en commun est un mouvement rassemblant des habitantes et habitants voulant se réapproprier leur ville et leur vie dans le sens d’une transformation profonde de Nantes et de la société. Nous voulons faire de Nantes la ville de l’écologie populaire, une ville qui apporte des réponses collectives et non marchandes à nos besoins essentiels, en réparant les injustices sociales et écologiques. Une ville faite par et pour ses habitant·e·s. 

Nous avons lancé des enquêtes collectives pour nous réapproprier les aspects de la ville et nos quartiers, pour comprendre afin d’agir. Nous avons organisé près de 400 rencontres qui ont réuni environ 3 000 personnes.

Depuis le début, Nantes en commun a choisi d’agir au sein du jeu institutionnel — les élections municipales où nous avons recueilli 9% soit 6 500 voix — et en dehors des institutions. Parce que nous sommes convaincu que l’essentiel de la politique se fait en dehors des institutions et que les transformations sociales profondes viennent et doivent venir de nous, habitantes et habitants auto-organisé·e·s. 

* Tribune disponible en ligne à l’adresse suivante : https://francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/tribune-nouslespremiers-elus-personnalites-publiques-ou-citoyens-ils-s-adressent-a-emmanuel-macron-pour-dessiner-le-monde-dapres_3937031.html

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[Réaction à l’actu] Arrestation d’un adolescent non francophone parce qu’il n’avait pas d’attestation https://blogs.nantesencommun.org/2020/04/30/reaction-a-lactu-arrestation-dun-adolescent-non-francophone-parce-quil-navait-pas-dattestation/ https://blogs.nantesencommun.org/2020/04/30/reaction-a-lactu-arrestation-dun-adolescent-non-francophone-parce-quil-navait-pas-dattestation/#respond Thu, 30 Apr 2020 18:00:51 +0000 https://blogs.nantesencommun.org/?p=2979 Un adolescent de 16 ans, marocain, non francophone et vivant en squat a été contrôlé pour la 11e fois sans attestation. Il a été placé en garde à vue le 26 avril, et déféré au parquet des mineurs de Nantes.
Quel sens donner à cela ? Rappelons que le gouvernement nous interdit de sortir sans attestation, sous peine d’une amende de 135€. Sans même parler de la pertinence de mettre des amendes dans ce contexte, n’est-ce pas absurde de verbaliser des personnes qui ne parlent ni écrivent le français ou des personnes vivant à la rue ? Quelle justice y a-t-il là-dedans ? Pourquoi la mairie et la préfecture n’interviennent-elles pas auprès des agents pour que cela n’ait pas lieu ?
Le gouvernement a su créer des attestations numériques et une application téléphonique, mais il n’a pas été capable de produire des documents pour les personnes non francophones ou pour les personnes analphabètes : ce sont les associations qui l’ont fait !

Cet événement n’est qu’une illustration parmi tant d’autres des inégalités face au confinement. Comment appliquer la même règle pour tout le monde quand certains d’entre nous vivent dans des maisons ou de spacieux appartements et que d’autres vivent dans des appartements sur-occupés, dans un squat ou à la rue ? Le mal-logement n’est pas tolérable quand une ville dispose des bâtiments et des moyens d’accueillir dignement tous ses habitants. En temps de confinement, cela l’est encore moins. Nombreux sont les exilé·e·s qui vivent aujourd’hui dans la promiscuité : leur situation favorise la propagation du virus et rend difficile la protection des personnes les plus fragiles.

Au nom de la solidarité et pour la santé publique, nous devons agir. Mettre à l’abri les personnes dans les bâtiments publics non utilisés, réquisitionner les bâtiments privés vides, notamment les bureaux non utilisés. Et faire en sorte que ces logements soient compatibles avec le contexte d’urgence sanitaire : salubrité, chambres séparées, etc. Cela fait des semaines, des mois que les associations alertent la mairie et la préfecture. Les réponses sont timides et loin d’être à la hauteur des enjeux.

Mobilisons-nous pour une ville refuge, une ville qui prend soin de tous ses habitant·e·s, qui aide plutôt qu’elle réprime, qui rejette la discrimination et accueille dans la dignité.

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