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Vendredi, une équipe restreinte de militantes et militants de Nantes en commun se réunissaient dans une salle mise à notre disposition à titre privé par le Bar’île, bar-restaurant coopératif fermé à cause des restrictions sanitaires, qui, faute de pouvoir fonctionner, a choisi de soutenir la vie politique, démocratique et associative. Notre réunion a été interrompue par une vingtaine de policiers de la Compagnie Départementale d’Intervention (CDI), équipés pour une opération de terrain, épaulés par des policiers en civil de la BAC (Brigade Anti Criminalité), qui se sont chargés d’intimider le gérant appelé sur les lieux.

Les policiers ont débarqué car ils ont jugé qu’ils étaient face à une infraction des mesures sanitaires : un nouveau bar clandestin, en plein milieu de la journée, dans un lieu donnant sur le Boulevard Gustave Roch. Bref, un scénario hautement probable !

Malheureusement pour eux, il s’agissait simplement d’une réunion politique.

Et si nous avions été des jeunes des Dervallières ? Ou bien un collectif de personnes exilées ? Nous n’osons imaginer ce qu’il se serait passé… Et heureusement pour nous, nous connaissons nos droits et sommes habitués à la confrontation politique, ce qui nous a permis de maintenir les policiers sur le pas de la porte alors qu’il leur est interdit de pénétrer dans un lieu privé et de les empêcher de contrôler les militants et militantes, traitées comme des criminelles.

Obligés de constater qu’il ne s’agissait pas d’un bar clandestin, ils nous ont néanmoins sommé de quitter les lieux sans être capable d’expliquer quelle infraction nous aurions commise. Ne pouvant de toute évidence poursuivre sereinement cette réunion de travail, nous sommes partis.

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Cet événement est d’autant plus grave que c’est la deuxième fois, en l’espace de deux ans, qu’une réunion de Nantes en commun est interrompue par la police. La première, c’était à au café de la Perle, dans la salle de l’étage : des policiers cagoulés et armés sont entrés dans la salle pour intimider des camarades et fouiller leurs affaires alors qu’ils n’en avaient pas le droit. Les militant·e·s politiques subissent sans cesse des abus de pouvoir de la part de la police soutenue par la préfecture et le pouvoir politique en place.

Est-ce que les autres forces politiques, conservatrices et mieux dotées, ont à vivre ce type de traitement ?

Des militant·e·s qui s’organisent collectivement sont inquiétés alors que les fastes dîners et soirées clandestines de nos dirigeants politiques se font en douce, à l’abri des regards, parce qu’ils en ont les moyens sans jamais être interrompus.

Et pourtant, c’est le même gouvernement qui restreint nos libertés, tantôt au nom de la sécurité, tantôt au nom de la crise sanitaire. Ce gouvernement, qui, dans la lignée de ses récents prédécesseurs, continue d’aggraver les maux dont il prétend nous sauver. Ils rendent la population responsable de la crise sanitaire, justifiant une gestion autoritaire et répressive par un régime d’exception qui se prolonge mois après mois.

Ce sont les mêmes génies politiques qui ont orchestré la destruction de l’hôpital public, et poursuivent leur œuvre en promouvant des projets hospitaliers avec moins de moyens, moins de lits, moins de personnel soignant, que ce soit à Nantes, en Seine-Saint-Denis, à Rennes, à Caen ou à la Réunion.

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De l’autre côté, depuis un an, ces irresponsables ont décrété que la vie sociale, politique, artistique, associatives étaient des activités non essentielles, sans aucune prise en compte des conséquences démocratiques, psychiques et sociales. Ils veulent continuer de tout sacrifier à la logique marchande et économique et voudraient qu’on reste bien sage chacun·e chez soi. Au contraire, nous devons continuer à nous organiser.

Alors que des élections départementales et régionales ont lieu dans quelques semaines, alors que le gouvernement continue de faire passer des lois aussi controversées que les lois Sécurité globale, Séparatisme, Assurance-Chômage …, des réunions politiques comme celle que nous tenions vendredi peuvent être arbitrairement interrompues par la police, sous le prétexte de l’état d’urgence.

La criminalisation des activités politiques est hélas une logique qui se décline de multiples façons : répression des manifestations, fichage des orientations politiques,…

Nous saluons le Bar’île qui nous a mis son lieu à disposition et ce faisant, soutient la vie politique et démocratique. Ce lieu et ses gérants servent beaucoup mieux l’intérêt général que le gouvernement et sa police.