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Discours écrit et prononcé par Margot dans le cadre de la campagne municipale de 2020, lors de soirées de présentation des propositions de Nantes en commun issues des enquêtes habitantes menées depuis janvier 2019.

Bonjour à toutes et à tous,                                                                                                                       

Merci d’être là ce soir pour cette première soirée de présentation du programme ! Aujourd’hui, nous sommes le 13 janvier 2020, c’est aussi l’anniversaire de Nantes en commun. Il y a un an jour pour jour, nous avons lancé un pavé dans la mare de la politique nantaise. Et depuis, on est là, même si les partis politique existants ne le veulent pas, nous on est là ! 

Bravo à toutes et à tous pour tout ce que nous avons accompli jusqu’ici et ce que nous accomplissons chaque jour. Ce mouvement redonne de l’espoir à des milliers de Nantaises et Nantais, l’espoir que les choses changent. Et il nous donne de l’espoir à nous, qui chaque jour militons pour ouvrir les brèches d’un nouveau modèle de société. Et pour ça, mille bravos !

Nous avons lancé Nantes en commun sans demander l’autorisation à personne. Sans calcul politique, sans même savoir si nous présentions une liste aux municipales. 

Nous l’avons fait parce que nous en avions assez des faux débats dans un langage technocratique. Nous l’avons fait pour secouer ces personnes qui se partagent ce qu’ils considèrent comme un gâteau électoral dont chacun cherche à avoir la plus grosse part. 

Nous avons créé Nantes en commun parce que cela fait des dizaines d’années que les mêmes personnes sont au pouvoir. Et si certains ont eu l’intelligence de se retirer, d’autres y restent accrochés, sans vision pour la ville, ni pour l’avenir. 

Et surtout, nous avons créé Nantes en commun parce que nous aimons Nantes, pour l’histoire ouvrière qui l’habite, pour le bien vivre à la nantaise, et pour l’esprit de village qui règne dans bien des quartiers nantais. Et parce que nous pensons que ces vies de quartier sont fragiles, fragilisées par la politique des dernières années. 

Ces six dernières années, la ville s’est métamorphosée à un rythme effréné. Mais au profit de qui ? 

Nantes est devenue une métropole attractive dynamique, rayonnante, saluée par tous les magazines économiques de France et de Navarre. 

Mais au profit de qui ? 

→ À qui profite les grands projets qui dévorent la nature et les budgets, et qui se font dans le secret des dieux : feu Yello Park, l’arbre aux hérons et le projet du bas chantenay qui aura fini de gentrifier le quartier. La ZAC Doulon-Gohards et ses 180 hectars de terres maraîchères qu’on veut faire fondre sous le béton. Le futur CHU et son milliard d’euros.. 

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Mais aussi tous ces projets dans tous les quartiers nantais qui font perdre leurs repères aux personnes qui sont là depuis des années 

→ À qui profite l’augmentation incontrôlable des loyers et des logements ? 

→ À qui profite la disparition des espaces de liberté et de convivialité qui font la vie de nos quartiers ? 

On met aujourd’hui plus d’argent pour attirer de futurs habitants que pour les habitants actuels. Et ce, au mépris de la qualité de vie et de toute considération écologique. 

Cette politique, c’est celle de la métropolisation. Cette concentration des richesses et du pouvoir autour de pôles urbains monstrueux qui aspirent les énergies du pays et qui créent des déséquilibres territoriaux terribles en France et dans le monde. 

Cette politique, c’est celle de la compétition entre les villes, une course acharnée à la métropole qui attirera le plus d’entreprises et les cadres supérieurs qui vont avec, aux dépens des plus pauvres. 

Cette politique, c’est celle de l’hypercroissance dans un monde aux ressources limitées. Celle du néolibéralisme tant décrié dans ce pays. 

Cette politique, c’est celle que portent toutes les autres candidates à l’élection municipale. 

Évidemment avec des nuances : certaine parle de densifier autrement en ajoutant des murs végétalisés ; d’autre parle dans une novlangue amusante de “naturopole” ; une autre encore rêve que la ville soit survolée par des drones de surveillance. 

Mais l’écologie n’est pas des murs végétalisés ou du béton recouvert de lierre. La sécurité ce n’est pas des caméras ou des drones de surveillance et des barbelés. Et la qualité de vie, ce n’est pas une métropole à 1 million d’habitants. 

Ces candidates ne semblent pas avoir écouté les habitants. Car il n’y a pas un quartier où on ne se plaigne pas de cette urbanisation à outrance. Pas un quartier où les gens ne sont pas inquiets pour l’avenir à Nantes. 

Elles n’ont pas dû rencontrer Emma, qui comme des centaines d’autres femmes, vit seule et nous parlent des promoteurs qui viennent la voir chaque semaine pour la pousser à vendre sa maison du vieux Malakoff afin d’en faire un immeuble à la place. 

Elles n’ont pas dû parler avec Emma de ses petits enfants pour qui elle s’inquiète parce qu’ils vivent moins bien que la génération précédente : ils n’ont pas les moyens de se loger à Chantenay, le quartier où ils ont grandi et ils galèrent à trouver un travail. 

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Elles n’ont pas dû parler non plus à Louise, qui vient d’être maman et qui, avec tout ce qu’elle a entendu sur les pesticides, n’achète plus que du bio pour son fils. Elle s’est mise à faire tous les éco-gestes dont on lui parle à la télé, ces gestes individuels écolo. Mais elle se rend bien compte que ce n’est pas suffisant pour enrayer le dérèglement climatique. Et puis ça ne change rien pour Jules, son fils qui a très chaud l’été dans la cour de récré bitumée de son école Louise Michel. Ça ne change rien non plus au fait qu’il respire des pots d’échappement tous les jours ou que sa classe soit surchargée. 

Nous, nous les avons entendu, parce que toutes ces personnes, ce sont des habitantes et des habitants comme nous. Certains d’entre eux sont à Nantes en commun. Nous sommes ces personnes qui nous sentons impuissantes quand on regarde toutes ces crises écologiques, démocratiques et sociales. Mais nous sommes aussi ces personnes qui refusent de rester dans l’impuissance et qui veulent agir. 

La voie de la métropolisation est celle qui nous mène droit dans le mur. Nous choisissons une autre voie, une voie plus humaine, positive et enthousiasmante. 

Cette voie, c’est celle d’une ville vivante ; d’une ville qui prend soin de tous ses habitants et habitantes, en particulier les plus modestes et les plus fragiles. Cette voie, c’est celle d’une ville plus humaine, où la solidarité redonne confiance en l’avenir. 

Nous choisissons de faire de Nantes la ville de l’écologie populaire. Cette écologie n’est pas celle qui stigmatise les plus pauvres ni celle qui vante les vertus de l’économie de marché. Ce n’est pas celle des petits pas, ni du capitalisme ou de la croissance verte qui perpétuent le même système, les mêmes injustices sociales en se contentant de planter un peu plus d’arbres, de peindre quelques bandes cyclables supplémentaires ou de saupoudrer du bio par-ci, par-là. 

L’écologie populaire, c’est une écologie qui implique une transformation profonde de notre système et de notre ville. 

L’écologie populaire c’est : 

  • celle qui permet de faire baisser les prix du logement 
  • celle qui permet de se chauffer et de consommer une énergie propre sans avoir à se ruiner 
  • celle qui permet d’accéder à une nourriture de qualité, sans avoir le porte-monnaie vide à la fin du mois
  • celle qui met la convivialité au-dessus de la compétition entre les personnes 
  • celle qui donne aux habitants le pouvoir d’agir sur leur quartier, et qui permet la réappropriation collective de nos modes de vie  
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Demain, si nous emportons les élections, nous ferons de Nantes, la ville de l’écologie populaire. Imaginons ensemble quelques minutes ce que ça donnerait. 

Nous sommes en 2022, nous avons mis un point d’arrêt au projet de la ZAC Doulon Gohards et avons construit la plus grande zone maraîchère urbaine. Un lieu d’expérimentation et d’apprentissage, tout autant qu’un lieu de rencontre et de solidarité. Les premières étapes d’une ceinture agricole et aussi de la régie alimentaire que nous avons créé et qui alimente les écoliers et les personnes les plus modestes à Nantes.

Une samedi sur deux, vous allez dans l’assemblée de votre quartier. En ce moment, vous parlez du projet de refonte de la place du quartier pour en faire un centre vivant où se tiendra des fêtes populaires. 

Avec la mairie, l’assemblée a fait un inventaire de tous les espaces à se réapproprier. Vous avez déjà aménagé des jardins partagés où vous faites pousser des légumes, dont certains viennent des pays d’origine de personnes du quartier.  

Pas loin, vous avez construit un kiosque qui sert de lieu de rencontre pour les jeunes du quartier. La maison de quartier est gérée par l’assemblée et vous y organisez plusieurs fois par semaine des activités inter-générationnelles. Les personnes âgées du quartier ne sont plus isolées et parfois les jeunes viennent discuter avec elles de la vie d’antan, des ateliers du Bigeon, de la vie de dockers et des grèves mémorables auxquelles ils ont participé. Le tout en faisant du macramé. 

Dans les ateliers communaux qui ont été ouverts dans votre quartier, il y a des outils et des machines de menuiserie. Ça a réveillé des passions chez quelques jeunes hommes et jeunes femmes du quartier. Ils ont construit du mobilier urbain et des jeux pour les enfants. 

Certains ont aussi appris à poser des panneaux photovoltaïques : ce sont des artisans du quartier qui posent les panneaux pour le quartier ! 

À Nantes, depuis qu’on pense l’économie à partir des besoins des gens dans la perspective de tendre vers l’autonomie locale, ça a changé le rapport à l’emploi : on n’a plus l’impression de travailler, on agit pour la communauté.

Demain, nos quartiers seront pleins de vie et d’entraide. Rares seront celles et ceux qui ne connaîtront plus leurs voisins. 

Pour mettre en place tout ça, ça ne nécessite pas des dizaines d’années, ça nécessite du courage politique et de l’audace. 

Et ça tombe bien, parce qu’à Nantes en commun, du courage et de l’audace, on n’en manque pas !