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Face à l’emballement sécuritaire, l’indignation est nécessaire

Malgré les alertes de la Ligue des Droits de l’Homme, du Syndicat des Avocats de France, du Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples, de la Cimade, de l’Autre Cantine, du Syndicat de la Magistrature, et nous en oublions sans doute, la situation n’a pas changé.
En conséquence, c’est le moment d’une indignation collective sur la nature des solutions apportées sur les questions d’insécurité.

En effet, depuis plusieurs semaines, s’est produit un emballement sur l’insécurité à l’initiative de l’extrême-droite et de la droite.

Cet emballement a été alimenté par des faits de violence bien réels : un viol sur l’île de Nantes, un mineur touché par balles, et des agressions en centre-ville.
Mais il a été sciemment instrumentalisé : à travers un classement bidon sur les villes les plus dangereuses du monde, de nombreuses émissions sur CNews, une manifestation, des dizaines d’articles.

Dernière étape : la solution politique apportée par le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin.

La réponse de l’Etat, c’est une réponse aux exigences de CNews davantage qu’une réponse aux problèmes des Nantais·es.

Ce qu’annonce le ministre Darmanin, c’est la création d’une unité de CRS, et la création d’un CRA (centre de rétention administrative).

Faire patrouiller les CRS dans nos rues, c’est ajouter de la violence à la violence. Que vont faire ces CRS si ce n’est malheureusement multiplier les contrôles au faciès, comme le prouvent de nombreuses enquêtes, notamment celles de la Défenseure des droits ?

Que les choses soient claires : il y a un vrai problème d’insécurité à Nantes, notamment quand on est une femme, notamment la nuit, notamment en centre-ville. Ce problème, ce sont les agressions, c’est le sexisme.
Il y a aussi une montée de la violence liée aux trafics de drogue, ce qui constitue un problème spécifique, appelant des solutions spécifiques.

Dans ce contexte, ce n’est pas du spectacle de l’ordre dont nous avons besoin, ce sont de solutions !

DES SOLUTIONS

Les solutions sur les agressions sexistes, c’est par exemple :

– de garder des lieux ouverts tard le soir : nous portons depuis plusieurs années la création d’une maison de la nuit à Commerce

– d’assurer une présence rassurante dans la rue : agents publics identifiés, lieux de vie ouverts, mettre en place des cheminements balisés et sécurisés

– de cibler et intervenir sur les actes sexistes

– de prendre en charge les plaintes des victimes, car l’accueil au commissariat est fréquemment problématique (notes de preuves)

– de prendre en charge les hommes auteurs de violence dans des centres spécialisés pour éviter la récidive

– d’exiger une exemplarité de la part d’hommes publics (comme le ministre de l’intérieur, qui doit démissionner)

– de ne pas démanteler l’organisation de la police judiciaire actuellement en grève comme est en train de le faire le ministère de l’intérieur

Aucune de ces solutions n’est bien sûr retenue par Gérald Darmanin, qui préfère désigner une cible : les étrangers en situation irrégulière.
Le problème de la sécurité devient tout à coup très simple : le problème de l’insécurité, du trafic de drogue, du sexisme, des agressions sexuelles, des viols, des vols, des armes, des violences, tout ça vient des “étrangers”, des “immigrés”. Donc la solution, c’est un centre de rétention administrative pour les étrangers en situation irrégulière, et des CRS pour les trouver.

Ce n’est pas étonnant venant de Gérald Darmanin, dont la mission au sein du gouvernement est de parler à la droite et l’extrême-droite (c’est le même qui trouve Le Pen “trop molle”, NDLR).

Ce qui est plus étonnant, c’est que les solutions de Gérald Darmanin soient célébrées par Johanna Rolland, qui salue sur Twitter “du concret, des avancées (…) pour la sécurité des Nantaises et des Nantais’, dans “notre communiqué” (sic). C’est ceci qui nous a fait réagir.

Johanna Rolland est maire de Nantes, présidente de Nantes métropole, présidente de l’association des maires des grandes villes, ancienne directrice de campagne d’une candidate à la présidentielle, et ancienne porte-parole du Parti socialiste. C’est donc une personnalité politique expérimentée.
Quand elle se félicite des solutions apportées par Gérald Darmanin, sans exprimer aucune réserve, elle sait ce que ça signifie politiquement.
Quand elle accepte de signer un communiqué sur l’insécurité avec Gérald Darmanin, qui annonce la création d’un CRA comme solution, elle sait ce que ça signifie politiquement.

Alors on peut s’indigner.

Lire +  Le 27 juin, présentation des premières propositions issues des enquêtes