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Retour sur la revue des communs du 24 février 2022

Introduction 

“Nantes en commun est le mouvement de réappropriation de la ville de Nantes par ses habitantes et ses habitants”. Sous son aspect sympathique et aimable, cette raison d’être contient une véritable radicalité révolutionnaire que nous pourrions résumer en ces mots : “Soufflons nous-mêmes notre forge!”. 

Ce que nous accomplissons à Nantes depuis maintenant plus de 3 ans, c’est une réappropriation pleine et patiente de nos moyens de subsistance. Nos capacités matérielles à nous nourrir, nous chauffer, nous transporter, nous rencontrer, nous organiser, nous loger… et ce de façon autonome, démocratique, libre et juste. 

Le capitalisme fut un immense moment de dépossession du vivant. En quelques générations, des millions d’êtres humains ont perdu leur puissance d’agir sur le monde : progressivement aliénés par les nouveaux dieux du monde économique qui font de chaque chose (vivante ou non) une marchandise dotée d’une valeur mathématique froidement déterminée par le marché. La concurrence généralisée s’est ainsi installée. La prophétie de “L’Homme est un loup pour l’Homme” a embrassé le réel. 

Aujourd’hui, aucune parcelle du monde vivant n’échappe vraiment au capitalisme. La marchandise et la valeur étouffent chaque chose et entravent l’épanouissement de la vie. Quand la vie ne peut plus s’épanouir elle s’étiole, puis disparaît. Les crises écologiques sont l’expression la plus franche de ce phénomène d’agonie du vivant sous  le couvercle de plomb (béton, gazs, etc) du capitalisme. 

Nantes en commun est l’une des étincelles qui embrasera la plaine, ou l’un des grains de pollens qui en-fleurira le désert pour développer une image plus écologiste ! La vie ne se laisse pas mourir sans lutter. De part le monde, s’ouvrent des milliers de portails vers un monde libéré des chaînes de la valeur et fondé par le souci du commun.
Ces refuges, où persistent aujourd’hui la solidarité et la convivialité et d’où se diffuseront demain l’émancipation et l’accomplissement du genre humain, nous les appelons : les communs. 

Les communs que nous construisons ici et maintenant forment l’unité de base du monde que nous voulons faire advenir. Un monde d’autonomie où la puissance de la collectivité remplace le pouvoir sur les individus, où la volonté générale remplace la coercition totale, où la liberté d’agir remplace la permission de posséder, où la respublica de la délibération remplace l’empire de l’uniformisation. 

Nous reconstruisons tout un monde. 

Les communs, mis en coopération, mutualisés et mués par une volonté générale commune, seront les unités fondatrices des communes, elles-mêmes nouvelles unités politiques du monde que nous édifions. 

Nous reconstruisons notre puissance à comprendre, à s’organiser et à agir en commun. Notre reconstruisons l’harmonie entre les êtres. Nous reconstruisons une communauté animée par la volonté de vivre dans la joie et de conduire l’aventure du genre humain. 

Le centre de santé communautaire 

“La santé en convivialité”

Relier les gens à leur santé 

Les centres de santé agissent pour la santé des personnes aujourd’hui les plus précarisées. La santé est une cause sociale et environnementale. Ainsi, les centres de santé s’organisent par et pour les habitant.e.s d’un quartier :

    • autour de leurs besoins sanitaires réels 
    • dans un mode de mobilisation populaire autour d’enjeux sociaux et environnementaux propre à leur milieux de vie et impactant leur santé.
    • Créer une communauté de prise en soin active

    L’enjeu d’un centre de santé est de permettre la réappropriation de la santé par toutes et tous. Ainsi, il s’agit d’ouvrir les savoirs du soin au plus grand nombre et d’étendre la reconnaissance de la légitimité à toutes les personnes qui œuvrent à soigner leur prochain, que ces personnes soient médecins, infirmier.e.s, etc. 

    Le centre de santé constitue une communauté qui se prend en soin mutuellement. Elle rassemble des personnes aujourd’hui dotées de savoirs avancées en médecine et en soin ainsi que des usagers, habitant.e.s du quartier, qui ont vocation à étendre leurs savoirs. 

    Le centre est tenu de façon collective, la distinction entre les patients (clients et passifs), les médecins (professionnels et actifs exclusifs) et le personnels techniques (entretiens, secrétariat, …) est destinée à s’estomper. Tout le monde est impliqué dans la façon dont le lieu évolue et chaque usager est activement impliqué dans sa prise en soin. 

     

    La santé pour toutes et tous 

    Le centre de santé à une fonction sociale. L’enjeu est de tendre vers un modèle où personne n’a à avancer les frais de sa prise en soin. Il est possible de développer un système de tiers payant complet en accord avec les mutuelles, de solliciter des subventions publiques ou de développer un système forfaitaire auprès de l’assurance maladie.

    Les centres de santé ont aussi pour but de permettre l’existence de possibilité de soin dans des zones qui aujourd’hui en manque comme les déserts médicaux. 

     

    La santé autour d’un café 

    Enfin, les centres de santé doivent être des lieux de convivialité. En leur sein se trouve un café où peuvent se retrouver les habitants du quartier indépendamment de la nécessité de quelconque prise en soin. La bonne santé commence dès l’accueil ! 

    Le centre de santé communautaire

    Où en sommes-nous ? 

    Aujourd’hui, le premier centre de santé NEC est à la recherche d’un lieu. Les quartiers privilégiés sont Malakoff ou Beaulieu.

    Nous avons déjà réunis plusieurs soignant.e.s et médecins autour de cette volonté commune. 

    Ce modèle est déjà pratiqué dans plusieurs villes en France (notamment à Echirolles près de Grenoble). Ce n’est plus qu’une question de temps avant qu’il naisse aussi à Nantes !

     

    Le café associatif “Le Café du Chapeau Rouge”

    “Un café pour refaire le monde” 

    Des lieux de convivialité partout ! 

    Le café est un des lieux, par excellence, pour se retrouver, s’amuser, discuter, se disputer et s’organiser. Malheureusement, certains quartiers en sont complètement dénués, d’autres n’en manquent pas mais la plupart des établissements sont soumis à un modèle marchand qui force la consommation. 

    Nous voulons recréer partout des lieux où peut se produire la fabuleuse émulation des esprits humains. 

     

    Des lieux libres pour s’organiser

    Le café c’est aussi un lieu. Étant associatif, le café est un lieu libre où l’on peut se retrouver sans la contrainte marchande. Ainsi, nous recréons les conditions favorables à ce que les habitantes et les habitants s’organisent politiquement et reprennent goût à la discussion, au débat et au collectif. 

     

    Un espace autogéré

    Le café est un espace associatif qui repose sur le bénévolat. Ceci est la condition pour faire de ce lieu un espace libre et démarchandisé. Le lieu est pris en soin par toutes celles et ceux qui en usent.

    Il existe différents degré d’implication, de celle de la simple propreté du lieu en tant qu’usager de passage à celle de la comptabilité et de la responsabilité de l’approvisionnement par les tenancier.e.s les plus impliquées. 

    Les cafés associatifs

    Où en sommes-nous ? 

    Depuis mai 2021, nous avons ouvert un premier café associatif (le Café du Chapeau Rouge) dans le centre-ville de Nantes.
    Ce lieu est devenu un lieu de convivialité, de rencontres et de culture pour de très nombreuses personnes habitantes de Nantes.

    C’est aussi un lieu politique où se réunissent de nombreuses organisations militantes. C’est d’ailleurs, de fait, le QG de Nantes en commun.

    Le café vit par l’implication de : 

      • 12 tenancier.e.s (celles et ceux qui s’impliquent dans la gestion technique avancée et administrative du lieu) 
      • 60 aubergistes (celles et ceux qui s’impliquent dans l’animation, l’accueil et le service)
      • + de 2000 usager.e.s adhérent.e.s (2327 au 2 Mars 2022)

    L’implication des usager.e.s est accrue par l’organisation régulière de temps collectifs pour partager les informations et les bonnes pratiques inhérentes à la gestion du lieu. 

    Dans le futur, de nouveaux cafés vont ouvrir et chaque commun doté de son lieu propre sera un nouveau café associatif potentiel ! 

    La coopérative alimentaire “Commun Champ”  

    “Pour une révolution terre à terre”

    De la nourriture pour toutes et tous 

    La coopérative alimentaire œuvre à reconstruire un système alimentaire de la terre à l’assiette pour offrir à toutes et tous une alimentation de qualité et sortir ce bien vital de la marchandisation. 

    C’est tout un système qu’il faut refonder. Retourner à la terre, relocaliser l’agriculture, renouer avec le vivant, ouvrir des cantines, des épiceries et dépasser les conceptions rigides et séparées de la “production” et de la “consommation”. 

    L’ambition est de pouvoir nourrir celles et ceux qui habitent la ville, ne plus faire d’une alimentation de qualité une alimentation de luxe. Rendre la nourriture accessible, sortie des logiques marchandes, la nécessité de bosser pour “gagner sa croûte” devenant ainsi moins prégnante c’est un grand pas vers l’émancipation des populations à l’égard du capitalisme.

     

    Se réapproprier l’agriculture 

    Démarchandiser la nourriture c’est d’abord se réapproprier notre capacité à la produire. La coopérative doit miser sur ses propres terres et sa propre main d’œuvre agricole. 

    L’agriculture doit devenir une responsabilité largement partagée par la population. Aujourd’hui, en France, moins de 2% de la population œuvre à nourrir les 98% restants. Nous sommes donc majoritairement déconnectés de ce que nous mangeons. 

    La coopérative alimentaire est aussi agricole et implique pleinement ses usager.e.s dans la production. 

     

    Libérer le vivant 

    La réappropriation des terres doit se faire pour le vivant. Il faut rompre avec les logiques capitalistes d’exploitation agricole. Chaque parcelle communalisé est une parcelle que nous pouvons sauver des exploitations industrielles ou des projets de bétonisation.

    C’est aussi l’occasion de rendre ces espaces au vivant en pratiquant d’autres formes d’agriculture permettant l’épanouissement de la biodiversité et l’abondance dans la sobriété. 

    La coopérative alimentaire

    Où en sommes-nous ?

    La coopérative alimentaire NEC a initié une activité agricole organisée au sein de la communauté “Commun champ”. Nous coopérons avec un agriculteur nous prêtant une parcelle de 2 ha de terre.

    Cette parcelle est incluse dans une ferme aujourd’hui en friche et tenue par une coopérative agricole (SCIC) à laquelle nous comptons prendre part.

    Commun champ s’organise aujourd’hui autour d’un cercle de coordination de 4 personnes et met en action une cinquantaine de  volontaires (les “champistes”) organisées en différents cercles fonctionnels.

    A court terme, il s’agit d’être en capacité de nourrir les habitant.e.s impliquées dans Nantes en commun. A plus long terme, être en capacité de nourrire des milliers de personnes à Nantes en ayant construit tout un système de distribution (champ de réflexion ouvert)

    Enfin, à l’avenir, de nombreux champs en commun devraient essaimer dans le département !

    Le fournisseur d’énergie “Energie de Nantes”  

    “ils privatisent l’énergie, mettons-la en commun” 

    L’énergie : force vital du capitalisme

    La nécessité de nous réapproprier l’énergie est inhérente au fait que l’énergie est aujourd’hui l’un des principaux vecteur du capitalisme. Pétrole, nucléaire, gaz,… la quête énergétique est source de compétition et de guerres, et ce de façon toujours plus fréquente tant nos sociétés ont succombé à l’hétéronomie des énergies fossiles.

    Les ressources et moyens de production énergétiques sont au cœur des logiques capitalistes. Il s’agit de l’une des choses les plus marchandisées et les plus déterminantes sur l’évolution des marchés. 

    Stopper le système capitaliste implique de lui couper son énergie vitale et de nous réapproprier, de la production à la distribution, les systèmes énergétiques. C’est l’esprit du mouvement de réappropriation de l’énergie qu’est “Energie de Nantes (EDN)”

     

    Fournir de l’énergie à toutes et tous 

    La réappropriation commence avec la reconstruction de notre propre système local de production et distribution d’énergie. 

    EDN initie le développement d’un fournisseur d’énergie associatif qui aspire à fournir une énergie écologique (à terme locale) et à bas coûts (au même prix qu’EDF). 

    Les ressources financières ainsi dégagées peuvent permettre de financer l’achat ou le développement de notre propre moyens de production énergétique. 

     

    Mener une guérilla énergétique

    Plus largement, EDN organise une communauté militante pour la réappropriation de l’énergie : notre capacité à la comprendre, à la produire mais aussi, et surtout, notre capacité à la consommer de façon moindre.

    Nous réapproprier l’énergie c’est aussi dominer notre propre dépendance à cette dernière et sortir du modèle favorisant la production et la consommation exponentielle d’énergie. Nous construirons ainsi un monde écologique, plus apaisé, plus paisible et plus juste. 

    Energie de Nantes

    Où en sommes-nous ?

    Ces dernière semaines, EDN a levé 170 000 euros 

    Aujourd’hui EDN est techniquement prêt à organiser la fourniture d’énergie pour des milliers de personnes. Cependant, compte tenu de l’actualité et de l’explosion des prix de l’énergie (entre x3 et x8 en fonction des marchés), le lancement effectif est retardé (retard estimé à 6 mois). Les garanties pour obtenir l’agrément ministériel sont devenues très exigeantes.

    Ce retard est en vérité une aubaine.
    Dès maintenant, EDN se met à la recherche de moyens de production locaux : des moulins hydrauliques. Ainsi, EDN s’assure une plus grande autonomie dès maintenant.
    Car il n’est pas question d’acheter une énergie hors de prix ne permettant pas de fournir une énergie à bas coûts au plus grand nombre. 

    Aujourd’hui EDN c’est 7 personnes très impliquées et une organisation inspirée de la sociocratie en plusieurs cercles. 

    D’ici 5 ans, EDN comptera 20 000 adhérents et +50% d’auto-production locale.

    Le média “l’ORTN”  

    “Pour nous réapproprier le pouvoir de raconter le monde” 

    Raconter un autre récit 

    Construire notre automédiatisation c’est construire les outils pour pouvoir nous-mêmes élaborer un récit alternatif aux récits dominants (capitalistes, impérialistes, patriarcaux…). Notre époque est prisonnière de l’illusion du consensus. Il n’existe plus d’espaces où organiser et montrer la conflictualité politique, le débat et la critique.

    L’objectif d’un média communaliste est moins d’être producteur d’informations que metteur en scène de la controverse et de l’analyse critique au sein de notre paradigme politique communaliste, écologiste… 

    Nous devons assumer de mener une bataille culturelle contre l’hégémonie de la bourgeoisie en place. Il faut les espaces on se donne à voir d’autres versions du monde. 

    C’est un outil au service de l’élaboration de notre discours politique. Ce discours qui met en cohérence et unifie toutes nos actions, tous nos communs. Il est nécessaire de se réapproprier tous les canaux médiatiques : vidéo, radio, journal.

    Se réapproprier l’agenda 

    Fonder notre média c’est aussi pour nous réapproprier l’agenda. Nous devons reprendre le pouvoir de choisir quand parler de quoi. Il s’agit aussi de ralentir le temps médiatique en offrant un espace-temps où peuvent se tenir des discussions de fond.

    Nous reprenons le pouvoir de choisir les sujets qui importent. Et nous nous offrons un outil au service de la mise en lumière de ce que nous construisons politiquement avec Nantes en commun.

    Gagner un savoir-faire 

    En construisant notre propre média nous construisons tout un écosystème technique (vidéo, son, photo, écriture,…). Notre média en commun doit être un espace de formation technique et intellectuel.

    Doivent s’y lier l’apprentissage du fond politique (par le débat et la réflexion) et de la forme (par l’usage de l’écrit, de la vidéo, de la photo…). 

    L’ORTN

    Où en sommes-nous ?

    L’ORTN fut officiellement lancée le 31 janvier 2022 lors d’une émission spéciale en direct. Nous comptons un noyau éditorial de 4 personnes, épaulé par une dizaine de volontaires dotées de compétences techniques ou de simple enthousiasme. L’ORTN dispose : 

    • de pages sur les RS (fb, twitter, insta) 
    • d’un site internet 
    • d’une chaîne youtube 

    L’ORTN doit être à la fois des formats vidéo, des podcasts et des articles. Nous développons des formats d’émissions (débat, talk show) réguliers. Nous publierons bientôt un journal papier et naîtra un jour la radio fm de l’ORTN

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