Depuis 1982, une fête nationale est organisée chaque 21 juin : la fête de la musique, impulsée par le Ministère de la Culture et reprise dans le monde entier. À Nantes, chaque 21 juin, la rue est noire de monde. C’est une soirée exceptionnelle où des dizaines de milliers de personnes se retrouvent dehors.

En ville, le bruit peut être un facteur de stress, notamment la nuit : voitures, ramassage des poubelles, trafic aérien, engueulade des voisins, fêtards alcoolisés, concerts, … Ne pas pouvoir dormir est un facteur d’exaspération compréhensible, notamment lorsqu’on se lève aux aurores. Depuis plusieurs années, la ville de Nantes met en place des contrôles du bruit, qui vise notamment les bars musicaux. L’effet est raccord avec la stratégie poursuivie : le déplacement des fêtes vers la partie Ouest de l’île de Nantes, où le bruit gêne moins.

On connaît les problèmes que cela pose : en termes de sécurité, d’abord, puisque le centre-ville devient moins fréquenté, et que le trajet entre les principaux transports en commun et les lieux festifs du Quai des Antilles prend des allures de guet-apens. En termes culturels, ensuite : veut-on d’une ville silencieuse ? Les principaux lieux de concert et de fête en centre-ville ont fermé, à force de contrôle et d’interdiction de concerts.

Mais la croisade contre le bruit, lors de la dernière fête de la musique, a pris une autre tournure. Ou plutôt, elle a servi de prétexte à une rage sans limite.

Le 21 juin 2019, c’est sur l’île de Nantes que la guerre contre le bruit a fait des ravages, précisément là où il est toléré. Alors qu’en centre-ville, la musique s’est arrêtée à 1h30, sur les quais, elle s’est prolongée jusqu’à 4h, horaire butoir fixé par la police, lors d’une ronde préalable vers 23h.

À 4h, et alors que la fête se terminait, ce qu’il s’est passé va bien au-delà des préoccupations municipales vis-à-vis du bruit, légitimes même si elles entraînent des mesures excessives.

Au petit matin, c’est la même violence sauvage que lors des manifestations qui s’est déployée.

Depuis plusieurs mois, le pouvoir d’État fait la guerre à sa population. Les forces policières, loin d’être gardiennes de la paix et de l’ordre, ont sans doute tué ce soir-là. Contre des jeunes qui faisaient la fête, ordre a été donné d’appliquer une stratégie meurtrière : charger pour pousser au fleuve. 14 personnes ont pu être repêchées par les secours.

Nantes, depuis plusieurs mois, est l’une des capitales des violences policières. Une violence aveugle, disproportionnée, qui mutile, qui éborgne, et aujourd’hui, qui noie.

Espérons que Steve s’en est sorti. Le pire n’est jamais sûr.

Quelle haine, quelle rage, poussent à donner l’ordre de charger violemment au bord d’un fleuve ? Quel aveuglement pousse à ne pas désobéir, alors que c’était le devoir des policiers présents, face à un ordre aussi manifestement illégal ? Il n’y a malheureusement, au point où en est, plus grand-chose à espérer. Pas de justice, pas de paix.

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