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Cette affirmation est une antienne du discours politique, médiatique et syndical en faveur de la défense inconditionnelle de la police. A chaque « bavure », « dérapage », « usage excessif de la violence » pour un refus d’obtempérer, un contrôle d’identité ou un encadrement musclé d’une manifestation, cette affirmation est ressortie pour justifier les comportements tenus par la police. A force de la répéter, elle est devenue une vérité générale : la police n’a pas les moyens de ses fins. Ce faisant, toute critique du travail policier apparaît comme injuste et invalidée. C’est en ce sens qu’Emmanuel Macron, à son arrivée à l’Elysée, a annoncé le recrutement de 10 000 policiers et gendarmes d’ici 2022 afin d’accroître les moyens humains des forces de l’ordre.

La vérité d’une affirmation tient moins à son caractère factuel qu’à sa dimension répétitive. C’est parce que l’on entend « partout » que la police manque de moyens, que l’on peut le répéter inlassablement sans jamais souffrir de contradiction, et que, mécaniquement, l’affirmation gagne en force et en légitimité. Parce que tout le monde le dit, tout le monde le sait. Ainsi, la vérité s’auto-engendre dans la répétition.

Cependant, les faits sont têtus et pour peu que l’on veuille bien se pencher dessus, la réalité apparaît tout autre. Analyser les moyens de la police nécessite deux choses : 1- la distinguer des autres services publics ; 2- observer les tendances longues.

Sur le plan matériel, en matière de dépenses de l’Etat et sur les années 1995-2019, le budget alloué à la police a augmenté de 35 %. S’il a connu une baisse – qui accompagne celle du budget global de l’Etat – en 2010 après avoir atteint son sommet le plus haut, dès 2012 et jusqu’à aujourd’hui, ce dernier n’a fait que croître. En 2021, il a connu une hausse de 1 milliard, en 2022 de 1,5 milliard, en 2023 de 1,05 milliard d’euros. Dans la même fenêtre temporelle, le budget de l’éducation nationale a connu une stagnation voire une baisse entre 2001 et 2013, avant de connaître un léger rattrapage depuis, dans un contexte de croissance démographique de la population française et de nécessaire hausse des effectifs scolaires. De plus, d’après un rapport de la Cour des Comptes, entre 2012 et 2016, les dépenses d’équipement ont été multipliées par 2,8. Ces investissements accompagnent le renfort continu d’armes non-létales fournies à la police : flashball (1995), grenade de désencerclement (2004), taser (2004), LBD 40 (2009), grenade assourdissante (2011) ainsi que la lacrymogène.

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Sur le plan humain, en 1995, le total des effectifs de police, de gendarmerie et de sécurité municipale atteignait 216 146 personnes. En 2019, il s’élève à 282 637, soit une hausse de 30 %.De manière factuelle, tant sur le plan matériel qu’humain, la police a vu ses moyens constamment être augmentés, indépendamment des changements de gouvernement. Incontestablement, la sécurité intérieure est le parent privilégié de l’Etat depuis 30 ans.Cela se confirme à Nantes où le nombre de policiers municipaux a augmenté de 15 % entre 2014 et 2022 pour atteindre 115 personnes. 72 policiers nationaux sont également arrivés depuis 2021. Au regard de ces données qui ne souffrent d’aucune contestation, la police a nettement accru depuis 30 ans sa présence et son emprise sur la société sans effet notable sur une baisse de la délinquance. Il est légitime, alors, de se poser la question suivante : pour quel résultat ? Question qui s’accompagne de celle-ci : pour quel objectif ?