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Plus de caméras de surveillance à Nantes ? Peut-être pour protéger les voitures, mais pas nos vies ! 

A l’issue des négociations avec Darmanin, Johanna Rolland s’est engagée à installer 104  caméras de surveillance supplémentaire pour atteindre le nombre de 250 sur la ville. Présentées comme “du concret, des avancées, des engagements” pour la sécurité des Nantaises et Nantais, les caméras de surveillance seraient protectrices. 

D’où vient cette affirmation ? La vidéosurveillance dissuaderait-elle les criminels ? Ferait-elle ainsi baisser les taux de criminalité ?  

En France, aucune étude statistique n’a établi de relation entre installation des caméras et baisse de la criminalité. 

La dernière méta-analyse internationale portant sur 76 études statistiques sur 40 ans conclut à une absence d’effet de la vidéosurveillance en centre-ville ou dans les zones fortement peuplées, que ce soit sur les crimes violents, les trafics de drogue ou les troubles à l’ordre public.

Aucune intervention policière ou médicale ne résulte de la vidéosurveillance. Les agents du Centre de surveillance urbaine ne sont pas en mesure de repérer en temps réel les crimes en cours et de faire intervenir une équipe de policiers sur le terrain. La seule ville de Nantes compte 150 caméras, et le Centre de surveillance urbaine s’occupe de la vidéosurveillance à la fois de Nantes, Saint-Herblain, Rezé, Vertou et Basse Goulaine (et bientôt la Chapelle sur Erdre). 

La vidéosurveillance ne peut pas empêcher les crimes ni les interrompre.

Le seul effet statistique positif et significatif de ce dispositif est constaté dans les parkings urbains contre les vols de voitures et en zones pavillonnaires contre les cambriolages. 

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La vidéosurveillance protège les voitures, pas nos vies.

Alors des caméras pour quoi faire ? On entend parfois que la vidéosurveillance permettrait au moins à la police de  retrouver les criminels, d’élucider les crimes et donc de faire justice.  

Mais rien n’est moins sûr ! 

D’abord, les enquêtes démontrent que les images sont en réalité très faiblement utilisées par la police. A Lyon, en 2008, la vidéosurveillance a été utilisée pour seulement 0,7 % des cas de faits de délinquance. A Marseille, en 2015, seulement dans 0,2 % des cas… (2)

Qu’en est-il à Nantes ? 

Il ne semble pas exister de véritable analyse chiffrée sur l’efficacité du dispositif. Seuls quelques exemples où la vidéosurveillance a permis d’élucider des enquêtes sont mis en avant –  comme pour retrouver la personne qui a mis le feu à la cathédrale de Nantes. Sinon, nous devons croire sur parole la direction départementale de la sécurité publique qui explique que c’est très utile… 

La métropole communique sur 2 300 extractions de vidéo entre 2018 et aujourd’hui, soit en moyenne 575 extractions par an. Si on rapporte à l’ensemble des faits de voie publique sur Nantes (11 375 en 2021 auxquels il faudrait ajouter ceux des autres communes couvertes), cela fait une utilisation de la vidéo dans seulement 0,05 % des cas !

Depuis 2018, c’est 8 millions d’euros qui ont été investis (caméras, réseaux, etc.) avec un coût annuel de fonctionnement (15 opérateurs et bientôt 19) d’un million d’euros. C’est beaucoup de moyens mis dans un dispositif inefficace et liberticide… A qui ça profite, si ce n’est aux entreprises de matériel de surveillance ? 

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Sources

(1) https://metropole.nantes.fr/mesures-securite-nantes

(2) Welsh et al., 2019, CCTV surveillance for crime prevention. A 40-year systematic review with meta-analysis : https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/1745-9133.12419?casa_token=4v3O5FcfxDwAAAAA%3AFVRSxWZGBMiD3IHmNAniN0EXmkvXtZ2BvBuCvmIDDl69rM4_v4bHsfYt69abKz960RteuvobzQv8sO3V 

(3) – à Lyon, en 2008, 322 réquisitions d’images pour 45 000 faits de délinquance, soit une utilisation de la vidéo dans 0,7 % des cas

– à Marseille, en 2015, sur 55 000 faits de voie publique, 103 ont été élucidés grâce à des images vidéo, soit 0,2 % des cas

– en zone gendarmerie autour de Grenoble (2017 – 2020), sur 1939 enquêtes, 22 seulement ont été élucidées grâce à l’exploitation d’images vidéo, soit 1,13 %

Sur Lyon et Marseille : Laurent Mucchielli, Vous êtes filmés ! Enquête sur le bluff de la vidéosurveillance, Paris, Armand Colin, 2018, 227 p., ISBN : 978-2-200-62123-0.

(4) https://metropole.nantes.fr/actualites/2021/securite-tranquillite-publique/decouverte-centre-supervision

(5) https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/nantes-quelque-200-cameras-et-15-agents-bienvenue-dans-le-centre-de-surveillance-urbain-1664816083