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Voici le premier épisode du roman sur la commune de 2021.

En 2030, Nantes est devenue une commune. Jeu de l’histoire, c’est à l’occasion de l’anniversaire des 150 ans de la commune, en 2021, que la ville s’est transformée. Emma, celle dont nous vous avions conter l’histoire à l’occasion de Noël 2020, fut au cœur de ce moment historique. Nous avons fouillé dans son grenier pour en tirer des documents d’archives qui vous conte ce récit. 

Episode 1 : la métropole fait rage

Document : une correspondance avec le cousin Barcelonais de Emma,

Eric, 

J’ai besoin de conseils. La dernière fois que nous nous sommes vus, tu me parlais de ta ville, de ce qu’elle était devenue. De l’exclusion des habitants pour laisser place à des complexes touristiques, du prix des loyers qui montaient à cause des AirBnB. Tu me racontais ton expulsion de ton logement, la banque, l’hypothèque, tout s’était enchaîné. 

Et bien, j’ai l’impression qu’on suit la même direction à Nantes…

L’hiver dernier, j’ai dû quitter mon appart’ dans le centre-ville. Complètement insalubre à cause de l’humidité, l’immeuble à été démoli. En même temps, un an à être confiné avec des moisissures, je suis tombé malade quatre fois cette année.

Mais retrouver un logement fut un calvaire. Le problème, c’est que les loyers ont augmenté partout et que les agences ne veulent rien entendre sur ma situation financière devenue précaire à cause du covid. Je peux payer le loyer, c’est pas le problème. C’est juste que je remplis pas les critères des agences. Ils se renvoient la balle avec le proprio et les assurances. “C’est la faute de personne mais on veut pas de vous”. 

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Finalement, j’ai dû m’éloigner du centre, partir dans une des villes périphériques que l’on est en train de transformer en banlieue-dortoir à cause d’histoire comme la mienne. Le comble : ce que je gagne en loyer, je vais devoir le dépenser pour me reprendre une voiture. 

Et à côté de ça, je vois partout des publicités : “Nantes : cette ville qui bouscule le marché immobilier français”, “Un fabuleux potentiel d’investissement !”, “L’attractivité de la ville en plein essor”… D’un côté, je ne compte plus les enseignes de commerce affichant “à vendre” et de l’autre on me dit que le commerce ne s’est jamais aussi bien porté. Il y a une grosse contradiction entre ce que je vis et ce que l’on nous raconte ! Je rage de plus en plus en voyant les apparts de “standing” qui se construisent dans le centre, des centaines de millions qui sont dépensés pour le tourisme (on envoie même des bus faire la pub de Nantes en espagne !). Alors que de l’autre côté, soit on laisse les quartiers périphériques dans la précarité, soit on expulse les gens pour détruire et reconstruire du plus beau, du plus cher. Franchement, tout ça me perturbe. Je n’en comprends pas le sens. Et on est avec une mairie de gauche !

J’ai trouvé dans les journaux quelques chiffres qui illustrent ça : le nombre de personnes cherchant à se loger à Nantes est de 12% supérieur au nombre de logements disponibles. Plus qu’à Marseille et Paris. +23% du coût du logement depuis 2012 à Nantes. 80% des habitant·e·s des périphéries de la métropole travaillent au sein de la métropole. 

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Je vois tout ça et je me sens perdu. Quelque chose se prépare, une crise peut-être, c’est ce que j’ai entendu en tout cas, mais je n’ai aucune prise de ça. Ça m’échappe. A Barcelone, vous vous étiez rassemblé·e·s, organisé·e·s. Vous leur aviez tenu tête, non ? Comment ça s’est passé pour vous ?

J’espère que tout va bien chez toi. 

Amitié

Emma