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Rouvrir les écoles, pourquoi pas, mais à certaines conditions. Voici le positionnement de Nantes en commun sur la réouverture des écoles maternelles et primaires à Nantes à partir du 11 mai 2020. 

  1. Ne faisons pas porter toute la responsabilité sanitaire sur les agents
  2. La reprise de l’école doit s’accompagner d’une réouverture aménagée de la cantine
  3. Mettre à disposition prioritairement tous les locaux disponibles aux écoles
  4. Stop à l’hypocrisie de la “continuité pédagogique”, ouvrons des espaces de dialogue pour permettre aux enfants de mieux comprendre et mieux vivre cette période 
  5. Au lieu de “Vacances Apprenantes” proposons de retrouver l’expérience du collectif et l’autonomie : organisons des colonies de vacances municipales

Témoignages :

On nous demande de tout improviser en très peu de temps !” ; “Comment veulent-ils que les enfants respectent des gestes barrières ? Ils ont déjà vu une cour de récré ?!” “Beaucoup des parents de mes élèves ont peur de la reprise de l’école, ils paniquent” ; “J’ai des élèves dont les parents ne veulent pas envoyer leurs enfants à l’école parce qu’ils ont peur des implications sanitaires. Par exemple, la mère de l’un d’entre eux travaille avec des personnes âgées. Elle ne veut pas prendre le risque de choper le virus via son fils et être responsable de la mort de plusieurs des personnes dont elle prend soin”.
“On sature de mails, on en reçoit 6 à 7 par jour de différentes instances. Mais on ne reçoit aucune information claire, on est dans le flou. Et depuis quelques jours, plus rien, aucune info, on attend.” “On a reçu un mail de la directrice de l’école de ma fille et elle semble suggérer que la rentrée pourrait se faire en septembre !” 

Chez les parents, les enseignants, le personnel scolaire, on sent l’inquiétude. La peur d’une accélération de la propagation du virus. La peur de laisser des enfants pour compte. Le flou des consignes du ministère, du rectorat, de la mairie. L’incertitude quant à leur capacité à rouvrir l’école. La pression malsaine que l’on fait peser sur le corps enseignant et les parents au nom de la fameuse “continuité pédagogique”, comme s’ils étaient responsables de cette situation. Le sentiment d’impuissance qui en découle. 

Tout le monde prépare cette rentrée corona à la hâte. L’État laisse les collectivités et les villes se charger de tout, faisant reposer sur elles une grande responsabilité, ce qui est à la fois normal puisque c’est l’échelon le plus pertinent, mais aussi déroutant puisque c’est une décision centralisée qui ne prend pas compte les situations locales. 

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Le gouvernement exige la réouverture des écoles le 11 mai, alors que le conseil scientifique préconisait une réouverture en septembre. Une fois de plus, il semblerait que la reprise et le sauvetage de l’économie prévalent sur la santé des habitant⋅e⋅s. De nombreux pays européens ont préféré mobiliser leurs agents pour préparer la rentrée de septembre plutôt que de leur faire porter la responsabilité d’une réouverture immédiate. Pourquoi ne pas avoir fait le même choix ? Pourquoi ne pas anticiper la rentrée de septembre 2020? En en profitant notamment pour accorder plus de moyens aux auxiliaires de vie scolaire et accompagnant·e·s des élèves en situation de handicap.

1 Ne faisons pas faire porter la responsabilité sanitaire sur les agents

Nous soutiendrons les membres du personnel éducatif qui exerceront leur droit de retrait parce que les conditions sanitaires ne sont pas réunies pour qu’ils effectuent leur travail en toute sécurité, pour leurs élèves et pour eux-mêmes. Et nous dénonçons le chantage et la culpabilisation des enseignants à qui on assène, lorsqu’ils expriment des doutes ou refusent de retourner travailler, qu’ils sont responsables de l’accroissement des inégalités. C’est le système actuel qui est à l’origine des inégalités entre les élèves, pas le fait qu’ils manquent quelques semaines de cours dans leur scolarité. 

2 La reprise de l’école doit s’accompagner d’une réouverture aménagée de la cantine

Nous ne sommes pas dupes : la décision de réouverture des écoles est fortement liée à des choix économiques. Malgré les discours gouvernementaux contradictoires, malgré les risques et les protections sanitaires aléatoires, de nombreux parents doivent retourner au travail, s’ils et elles n’y sont pas déjà. Pour cette raison, ils ont besoin que leurs enfants soient accueillis toute la journée, y compris durant le temps du midi.

Et pour les familles les plus modestes, la cantine est indispensable pour que leurs enfants mangent au moins un repas complet par jour à moindre coût. Si nous saluons l’initiative de la mairie de compenser l’absence de cantine en donnant 100€ par enfant pour les familles modestes, cela risque d’être insuffisant si on ne réouvre pas les cantines en mai. 

C’est d’autant plus vrai que de demander aux parents de préparer un pique-nique pour chaque jour de la semaine est une pression supplémentaire — à la fois financière, sociale et organisationnelle — dans un contexte économique et social déjà compliqué.

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Aidons les agents à s’organiser pour adapter la préparation de repas au contexte sanitaire : il est nécessaire de veiller à ce qu’ils soient protégés, mais il faut également envisager tout scénario qui permettrait de ne pas compliquer leur mission, par exemple, en privilégiant les repas froids. La ville doit également veiller à ce que les animateurs périscolaires engagés par l’ACCOORD aient les moyens matériels et logistiques de préparer cette rentrée, de se protéger et d’assurer leurs missions en toute sécurité.

3 Mettre à disposition prioritairement tous les locaux disponibles aux écoles

À partir du 11 mai, les effectifs seront limités à 15 élèves par classe. Dans de nombreuses écoles, qui souffrent déjà de manque d’espace en temps normal,  cette exigence sanitaire est difficilement réalisable. Alors, pour permettre le dédoublement des classes et la distanciation physique, mettons à disposition les locaux associatifs et équipements sportifs non utilisés. Faisons également classe en extérieur, dans les parcs et les espaces verts autant que possible — ce qui semble particulièrement pertinent après deux mois de confinement.

4 Stop à l’hypocrisie de la “continuité pédagogique”, ouvrons des espaces de dialogue pour permettre aux enfants de mieux comprendre et mieux vivre cette période

On sait à quel point il aura été difficile, en pratique, d’assurer la “continuité pédagogique” tant vantée par le ministre de l’éducation. Pour de nombreux parents et enseignants, cette injonction a été une source d’inquiétude et de pression sans pareil. Mais la reprise de l’école ne signifie pas retour à la normale. 

Les enseignants sont assez unanimes : leur priorité ne sera pas pédagogique, mais sanitaire. Les aménagements et tâtonnements matériels et logistiques ne permettront pas de reprendre normalement  le cours des choses. Par ailleurs, il faudra composer avec des classes incomplètes — nombre de familles ont déjà annoncé leur souhait de garder leurs enfants. Et après deux mois de confinement, deux mois sans rythme scolaire et sans vie sociale, comment les enfants pourront-ils retourner à l’école et continuer à suivre le programme comme si de rien n’était ? D’autant plus que pour certains, cette période aura été particulièrement douloureuse, à cause des conditions matérielles ou de situations familiales parfois tendues. 

Alors assumons pleinement l’aspect inédit de cette reprise : assumons le fait que l’école assure temporairement un simple accueil, notamment pour permettre aux parents de retourner au travail — puisqu’il s’agit bien de la véritable raison de cette rentrée précipitée 

Profitons de cette période pour permettre aux équipes pédagogiques d’ouvrir des espaces de discussion, de libération de la parole des enfants et d’échanges sur la période actuelle. Des espaces aussi, dans lesquels les enfants peuvent exprimer leurs sentiments, notamment en lien avec ce qu’ils ont pu éprouver lors du confinement. 

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Les animatrices et animateurs du périscolaire peuvent également avoir un rôle là-dedans, en travaillant étroitement avec les enseignants·e·s. Ce peut être l’occasion de rapprocher les différents acteurs pédagogiques, ainsi que les élu·e·s, qui disposent de peu de lieu de dialogue. 

5 Au lieu de “Vacances Apprenantes” proposons de retrouver l’expérience du collectif et l’autonomie : organisions des colonies de vacances municipales.

Le ministre de l’éducation, soudain soucieux des inégalités scolaires, a annoncé sa volonté de mettre en place le dispositif “Nation apprenante”, durant les vacances d’été, afin de compenser la fermeture des écoles pendant le confinement. Ce dispositif semble similaire aux stages de remédiation qui existent déjà et dont l’efficacité reste très limitée. On ne résout pas des difficultés scolaires, quelque soit leur nature, en une semaine de bachotage. 

Ne risquons-nous pas de créer un énième dispositif inefficace alors que ceux qui fonctionnaient ont été sacrifiés pour des raisons purement budgétaires — c’est notamment le cas des RASED, les Réseaux d’Aide Spécialisée aux Elèves en Difficulté ?

Si la ville n’a pas de pouvoir directement sur ces mesures nationales, elle peut jouer un rôle dans la réduction des inégalités à travers des politiques éducatives et jeunesse. 

Par exemple, anticipons le fait que nombre d’entre eux ne pourront pas partir en vacances cette année, plus encore que d’habitude. Par le passé, la ville de Nantes était propriétaire d’un centre de colonies de vacances permettant aux enfants les plus modestes d’être accueillis, hébergés et de partir en vacances. Aujourd’hui, ce centre n’existe plus et les places proposées par les structures publiques sont insuffisantes. 

Notre proposition est que la mairie achète des terrains dans la nature, et/ou de camping qui soient de véritables terrains d’aventure pour les enfants. Sur le modèle des associations d’éducation populaire ou d’éducation nouvelle, créons un cadre sécurisant au sein duquel les enfants pourront développer leur autonomie individuelle et leurs habiletés sociales, éprouver leur pouvoir d’agir, vivre des expériences collectives, par exemple en décidant collectivement des activités qu’ils ont envie de faire. 

Cette proposition, suite au confinement et dans un contexte de crise économique et sociale, semble répondre aux besoins les plus prégnants de nos enfants.