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Projet de regroupement des établissements du CHU de Nantes

 

 

À Nantes, le nouveau projet hospitalier va contribuer à mettre en danger la qualité du service public hospitalier dont dispose les nantaises et les nantais. Le projet consiste à regrouper les différents sites de centres hospitaliers universitaires-CHU (soit 67 hectares) sur un seul de 10 ha. Il vise, en cohérence avec les politiques libérales en action dans le domaine de la Santé, à réorienter l’offre de soins dans une optique essentiellement comptable et à accentuer la politique d’ “hopital-entreprise”. Cela entraînera la suppression d’environ 350 lits (sur 2600) et entre 800 et 1 000 emplois sacrifiés (sur 12000) pour une métropole destinée à atteindre un million d’habitants dans quelques années. La Mairie de Nantes semble focalisée sur une attractivité urbanistique et bétonnière dans tous les domaines, sans prendre en compte les conséquences en terme de Santé publique.

 

  • Un projet gigantesque mais un déficit démocratique

Il s’agit d’un projet gigantesque, coutant plus d’un milliard d’euros, qui souffre d’un déficit démocratique. Depuis des années, il existe à Nantes un déficit global de concertation. Alors même que le sujet n’a pas été vraiment débattu ( il n’y a pas eu de saisine de la Commission Nationale du Débat Public, CNDP, par exemple), en l’absence de concertation et d’information pluraliste, 30% des habitants de la métropole se déclare opposé au projet de regroupement du CHU sur l’île de Nantes (enquête Harris Interactive pour Nantes métropole février 2019).

 

  • Un projet sanitaire contestable

Ce projet prévoit une suppression de 350 lits (sur 2600) et une augmentation des actes réalisés en ambulatoire ( l’ambulatoire, c’est la prise en charge médicale d’un patient, sans hospitalisation, pour une durée de quelques heures, lui permettant de rentrer chez lui le soir). 

Pourtant, ces dernières années, l’hôpital est en tension permanente faute de lits disponibles, ce qui rallonge les délais de prise en charge des usagers. Ce nouvel établissement ne pourra pas apporter de solutions aux dysfonctionnements actuels, ni pour réduire le délai d’attente en chirurgie, ni sur le nombre et le pourcentage de reports d’interventions faute de place (320 en chirurgie cardiaque  en 2018), ni concernant le nombre de jours d’hôpital en tension, le nombre de malades hospitalisés sur des brancards aux urgences, ni encore sur l’absentéisme du personnel soignant surmené. Dans cet hôpital en tension, les arrêts maladie ont doublé en dix ans. Comment fera-t-il face à terme à l’accroissement prévu de la population et à son vieillissement dans sa zone d’influence ?

L’augmentation des actes en ambulatoire prévue à hauteur de 64% est-elle adaptée à une population vieillissante et polypathologiques ? Peut-on tout résoudre par l’ambulatoire, notamment dans un établissement public qui doit gérer des populations fragilisées et polypathologiques ?

La diminution du personnel et du nombre de lits ne répond pas à un objectif de soins ou de besoins, mais à celui d’une gestion des flux . Le futur hôpital répondra au modèle économique d’une « usine à soins » plutôt qu’à un équipement soucieux du bien-être des malades et des soignants et de la qualité des soins qui y seront prodigués.

 

  • Tensions actuelles

Dans un hôpital déjà en difficulté d’accueil pour répondre à tous les besoins, les arrêts maladie ont doublé en 10 ans, les démissions et les demandes de disponibilité se succèdent, le compte épargne-temps des agents explose… 

La CGT-CHU dénonce avec constance le projet de regroupement dans ces conditions de restrictions des moyens qui a engendré l’année dernière 320 reports d’opérations au service de chirurgie thoracique et cardio-vasculaire. Dernièrement des mouvements sociaux dans les services de chirurgie ambulatoire, de dermatologie et d’orthopédie ont eu lieu.

 

  • Alternatives

Fidèles aux politiques nationales de restriction budgétaire impliquant la baisse constante de personnel et la diminution de l’offre de soins par la fermeture de lits et d’établissements publics, les initiateurs du projet n’ont jamais présenté d’autres alternatives. Par exemple, celle d’un hôpital multi-sites avec un renforcement des moyens humains permettant ainsi de répondre aux besoins de santé d’une population en constante augmentation.

Et parallèlement à un grand établissement de santé, ne faudrait-il pas développer des centres de santé publiques locaux, gérés par la collectivité et pluri-professionnels (médecins, infirmières, kinésithérapeutes, diététiciens, médiateurs de santé, etc.) entretenant des liens étroits avec l’hôpital public ?

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