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Quelques réflexions sur les origines du verbe « habiter »

À l’occasion d’un événement local, j’ai eu la curiosité de me pencher sur les racines du mot, car sans y avoir réfléchi je savais bien que son sens dépassait le fait « d’occuper une demeure ».

Je ferais l’impasse sur les acceptions chrétiennes…

« …et que l’esprit de Dieu habite en vous ? » (Corinthiens)

 …mystiques, et magiques…

« le corps demeure de l’âme, ; être habité par un esprit »

…voir charnelles chez les grecs anciens :

« On dit qu’Apollon, épris de la beauté de sa mère Périctioné, habita avec elle, et que notre philosophe [Platon] dut le jour à ce Dieu. »(Diderot)

Je passe aussi sur les corrélations avec « habit » et « habitudes », très liées au latin habere et ses multiples sens…

« avoir, avoir en sa possession garder, tenir porter un vêtement, habiter, se tenir quelque part, se  trouver, être »…

…pour en venir à cette racine, le très vieux mot germanique bauen auquel se rattache bin où « je suis », « tu es », veulent dire : « j’habite », « tu habites ». La façon dont tu es et dont je suis, la manière dont nous sommes sur terre est le buan, l’habitation. Être homme/femme veut dire : être sur terre comme mortel, habiter.

Ce qui me semble intéressant dans cette racine, c’est qu’elle nous parle d’un destin collectif qui ne se limite pas à celui de notre espèce, d’habiter ensemble. N’habitons-nous pas tous sur cette planète, notre maison commune et la seule que nous ayons ?

Habiter, c’est aussi l’interaction entre notre humanité et l’espace qui l’entoure. Prenons l’exemple des événements ponctuellement dans un lieu qui nous réunissent dans un lieu :

  • Nos gestes investissent l’espace, pendant un temps nous l’habitons, nous nous adaptons à lui pour vivre ensemble un moment propice à l’échange, la réflexion, l’émotion…
  • L’espace organise nos gestes, il détermine les conditions de notre présence, ses possibilités et ses limites.
Lire +  Tout ce qu'on a de commun.... #0 - "Je" dis "nous"

Nous viendrait-il à l’esprit d’abattre les cloisons ou de raser les arbres pour mettre en œuvre telle ou telle possibilités de spectacle ou d’atelier ? Non bien sûr !

Parce que l’espace tel qu’il est configuré nous limite, ou que nous n’en avons pas le droit ?

Et si c’était plutôt parce que dans la relation duelle que nous entretenons avec cet espace se trouve l’une des sources de notre réussite collective et de notre plaisir à être ensemble ?

Habiter c’est penser les gestes, les déplacements, le rapport aux autres qu’humains et à la terre qui nous porte.

On ferait bien d’y penser un peu plus.

Et d’agir.

Il y a urgence.

Sources d’inspiration : Littré, https://archiclasse.education.fr/Habiter

Camille